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Le dialogue social dans l’entreprise, un levier pour refonder notre protection sociale
Pour Quentin Bériot, Délégué Général de la Fédération des institutions paritaires de protection sociale: "l’accord des partenaires sociaux n’est pas un préalable formel : il est un facteur de performance et de soutenabilité des politiques sociales et de santé ». Il a bien voulu livrer ses réflexions au CRAPS (Le Cercle de recherche et d'analyse de la protection social) ...
Notre système de protection sociale est à un moment décisif de son histoire. Confronté à des tensions durables – démographiques, économiques, sanitaires et technologiques – il ne peut plus évoluer uniquement par ajustements paramétriques de PLFSS en PLFSS ou par une focalisation exclusive sur ses modalités de financement entre Assurance maladie obligatoire (AMO) et Assurance maladie complémentaire (AMC).
Cela appelle une réflexion politique de fond sur ses lieux de construction, ses modes de gouvernance et ses leviers d’action. Dans ce contexte, la réaffirmation du rôle du paritarisme au sein des branches et du dialogue social dans l’entreprise constitue une opportunité majeure.
L’entreprise, un lieu d’équilibre favorisant « l’expression du paritarisme »
L’entreprise est un point d’équilibre entre les besoins de compétitivité et de sécurisation des salariés. C’est aujourd’hui l’un des rares espaces où se rencontrent concrètement les enjeux de compétitivité économique, de pouvoir d’achat, de santé, de prévention et de bien-être au travail. C’est un lieu où les arbitrages sont réels, où les décisions ont des effets immédiats, et où la protection sociale cesse d’être abstraite pour devenir vécue.
C’est précisément parce qu’il s’exerce dans l’entreprise que le dialogue social investit des champs situés aux confins des ressources humaines et de la protection sociale : en fonction des métiers, des branches professionnelles ou encore de l’activité, les dispositifs d’action sur la santé mentale, sur la prévention des arrêts de travail, sur le maintien en emploi des seniors, voire sur l’attractivité d’un secteur et la sécurisation des parcours des salariés, peuvent se construire pragmatiquement.
Le paritarisme, le consensus comme accélérateur de la transformation…
Dès lors que les objectifs sont partagés, le paritarisme constitue un mode de gouvernance singulier et précieux. Il permet de construire des positions fondées sur des consensus solides, issus du dialogue et non sur des logiques unilatérales. Et dès lors que l’on ne finit pas uniquement sur la plus petite position commune, cette capacité à produire des consensus responsables constitue aujourd’hui un atout politique majeur. Il suppose donc une capacité partagée à hiérarchiser les priorités, à assumer des arbitrages parfois exigeants et à inscrire l’accord dans une trajectoire de transformation explicite. À défaut, le dialogue social sécuriserait l’existant plutôt que de préparer l’avenir.
Le paritarisme ne constitue pas seulement un cadre de gouvernance équilibré ; il est également un accélérateur d’action et de transformation dès lors que le dialogue aboutit. Lorsque les partenaires sociaux parviennent à des accords fondés sur la confiance, ils sécurisent, par la compréhension fine des réalités de l’entreprise, les décisions prises et en facilitent leur mise en œuvre. Ce consensus préalable donne un socle robuste et légitime, qui permet d’aller plus vite, plus loin et plus durablement que des réformes imposées. La déclinaison par le dialogue social au sein de l’entreprise comme « territoire de santé » appelle néanmoins une vigilance particulière : toutes ne disposent ni des mêmes ressources ni du même degré de structuration du dialogue social.
C’est précisément cette capacité à conjuguer solidité du compromis et pragmatisme dans l’exécution qui fait du paritarisme et du dialogue social des leviers stratégiques de transformation de la protection sociale. Loin de ralentir l’action publique ou collective, le paritarisme peut réduire les blocages, limiter les effets d’annonce et favoriser des solutions opérationnelles appropriables par les acteurs de terrain.
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