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13 / 03 / 2026 | 37 vues
Rodolphe Helderlé / Journaliste
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Violences intra familiales : comment faire de l'entreprise un lieu sûr pour en parler et prévenir ?

Depuis le 1er janvier 2026, tous les contrats collectifs en santé d’Axa intègrent une protection complète en matière de violence intra familiale (VIF). Une intégration qui prend sa source dans le mécénat de compétences impulsé il y a 10 ans, au niveau de Juridica, la filiale protection juridique d’AXA. Retour sur le direct organisé le 19 février par MiroirSocial en partenariat avec AXA Santé & Collectives où direction et syndicats ont pu témoigner de la capacité qu’ils avaient d’agir de concert pour prévenir des drames. 

“La prévention des violences intra familiales (VIF)est un sujet qui engage tant les directions que les représentants des salariés. C’est assez rare pour être signalé. Il y a une responsabilité partagée”, souligne Sophie Mandelbaum, chargée relations partenaires d'AXA Santé & Collectives dont les contrats collectif en santé intègrent depuis le 1er janvier 2026 une protection contre les VIF prévoyant une assistance juridique dédiée, un bouton d’intervention “Mon Shérif”, mais aussi un relogement d’urgence, un soutien psychologique et l’ouverture express d’un compte bancaire. 

 

Alors que la protection contre les VIF est explicitement intégrée par défaut dans les contrats d'assistance juridique depuis 2022 et dans les contrats multirisque habitation depuis avril 2025, sa dernière inclusion dans les contrats collectifs en santé confirme sa place dans la responsabilité sociale des entreprises. 

 

"Notre action a commencé il y a 10 ans par du mécénat de compétences auprès des associations avec un accompagnement juridique dans le cadre d'un programme baptisé Elles Angels. Le nombre d’associations que nous soutenons et les montants que nous leur reversons ont augmenté, le nombre d’avocats partenaires à lui aussi augmenté. En 10 ans, nous avons accompagné 3500 femmes au travers du mécénat de compétences", souligne Christèle Clément, responsable opérationnelle du programme Elles Angels chez Juridica, la filiale d'AXA spécialisée dans l'assistance juridique où le pôle d'expertise sur la prévention des VIF compte une vingtaine de juristes. Depuis avril 2025, ce sont 1165 victimes qui ont été accompagnées dans le cadre de l'assurance habitation, avec 24 relogements en urgence.

 

Chez RougeGorge Lingerie, une ETI française de 600 salariés, la prévention des VIF n'est pas nouvelle non plus. L'action se décline tant à l'égard des clientes dans les magasins qu’à l’égard de l'ensemble du personnel dont une partie a suivi il y a 5 ans des formations collectives en présentiel sur la prévention des VIF avec notamment des associations partenaires comme Solfa dans le nord ou le réseau des CIDFF. Les vendeuses de RougeGorge Lingerie accompagnent les clients dans l'ajustement dans les cabines d'essayage où le numéro d'urgence (3919) est affiché. Une relation qui les place en première ligne pour accueillir la parole et orienter. Les occasions de mettre en pratique ne sont pas rares. 

De la sensibilisation à la formation

Des salariées qui peuvent elles aussi être exposées aux VIF et bénéficient depuis début 2026 de la protection intégrée dans le contrat collectif en santé de l'entreprise porté par Axa Santé & Collectives. "Dès lors qu'une parole se libère auprès de nos deux référentes, nous faisons en sorte avec la DRH et l'encadrement que la victime puisse prendre sur son temps de travail pour se protéger tout en pouvant mobiliser une aide financière d'urgence et en assurant les mises en relation pour accompagner au mieux. Il faut multiplier les portes d'entrées possibles. La série de courts métrages* proposée est immersive. Les situations permettent de bien comprendre comment l'entreprise peut être un lieu de prévention Cela accroche. C'est ce que je recherche pour faire infuser la prévention" , explique Amélie Flament, responsable de l’engagement social et sociétal chez RougeGorge Lingerie où les vendeuses portent aussi le rôle de faire passer des messages de prévention en matière de cancer du sein.

 

La sensibilisation a également toute son importance à la CFE-CGC. Une fiche pratique "Lutter contre les violences conjugales : quel rôle pour l’entreprise ?" est proposée aux adhérents. "j'ai tenu à ce que hommes participent au groupe de travail qui a produit cette fiche pratique", souligne Christelle Toillon, déléguée nationale parcours professionnel CFE-CGC et déléguée syndicale Stellantis où un accord de juin 2025 prévoit, à titre expérimental pour un an, que la victime puisse fractionner jusqu'à un jour de travail pour mener les actions qui s'imposent pour faire face, depuis ou en dehors de son lieu de travail. "Les décisions pour mettre les potentielles victimes en sécurité ne trainent pas, à fortiori quand la situation concerne un couple de salariés dont la séparation se déroule mal. Les assistantes sociales ont un rôle essentiel à jouer dans l'accompagnement", précise Christelle Toillon qui insiste sur l'importance de sensibiliser les managers aux conséquences des VIF, notamment celle de la double peine : être victime d'une violence qui a des conséquences sur tant la vie personnelle que professionnelle. 

 

Le féminicide en 2018 d'une salariée de 28 ans, maman de 5 enfants, de Carrefour Hypermarket a marqué l'entreprise alors que la prévention des violences conjugales y était encore à l'état de feuille blanche. Un accord d'entreprise prévoit jusqu'à deux jours fractionnables pour permettre aux victimes de se protéger. Le lien fort avec Action Logement permet de trouver des solutions à des situations d'urgence. "Pour peu que le bail soit au nom de l'agresseur, la victime peut retrouver dans la rue avec les enfants. Nous avons déjà accompagné des situations comme celles-ci", explique Jean-Yves Chaussin, délégué syndical central FO chez Carrefour hypermarchés qui note comme chez Stellantis une capacité de la direction à agir efficacement quand une situation est signalée. Raison de plus pour se former à recueillir au mieux la parole. "On peut se retrouver rapidement sans réponse, ou avec les mauvaises, si l'on n'est pas préparé. Quand une victime refuse par exemple de saisir la justice", précise Jean-Yves Chaussin qui annonce que tous les élus du syndicat, majoritaire, vont se voir proposer une formation spécifique à la prévention des VIF.


La solution miracle n'existe pas. Juriste dédiée aux violences faites aux femmes chez Juridica, Léna Triay rapporte la situation d'une femme qu'elle accompagne depuis 2022 et qui continue de subir les violences de son ex conjoint au travers des enfants..."A tel point que lors du dernier entretien que j’ai eu avec elle, elle me confiait qu’en ce moment ses enfants la réveillent la nuit pour vérifier qu’elle est bien vivante", conclut Léna Triay avec cette pleine illustration de la complexité des situations à accompagner. 
 

* Le programme Safe Spaces d'Axa Santé & Collectives propose en accès libre une série de 4 courts métrages de 2 à 6 minutes qui replace la place de l'entreprise dans la prévention via 4 mises en situation (3 femmes et 1 homme)