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Prix des bulles du travail : les notes de lecture du jury
Sans augurer de la couleur de la sélection qui sera dévoilée le 8 avril, voici les morceaux choisis des notes de lecture du jury du Prix des Bulles du travail organisé par le cabinet Technologia. Un jury composé de syndicalistes et de spécialistes de la BD.
Karine Rieux, élue CSE, CFE-CGC Orange
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Maman Solo
Bande dessinée colorée, agréable à lire. Un bon divertissement. Le sujet est d’actualité. Nous suivons les « galères prof » à la suite de l’impact de la séparation…Une femme très investie professionnellement connait une séparation. Elle se retrouve seule à élever ses deux enfants, sans aide matérielle/financière de son mari.
Sa vie personnelle prend le pas sur sa vie professionnelle. Elle jongle avec ses responsabilités professionnelles et ses responsabilités de maman. Les réunions le soir, les déplacements professionnels ne sont plus possibles pour elle. Son manager comprend ses difficultés mais l’entreprise ne peut pas pallier à son isolement familial et aux manquements du gouvernement.
La bande dessinée met aussi en avant les manquements du gouvernement avec peu de structures de garde, les aides financières, le soutien juridique…
Françoise Def, Conseillère nationale UNSA
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Comme un chef
Préfacé par Pierre Gagnaire, qui a connu l’époque où les cuisiniers rasaient les murs, enfoncés dans leurs tabliers, masquant à coups de savonnettes les odeurs qui imprégnaient leur peau, cette bande dessinée nous plonge dans le milieu de la cuisine. Si les cuisiniers sont devenus des « chefs » se bousculant pour certains sur le devant de la scène, l’enjeu reste le même ; c’est toujours aussi compliqué de régaler ses clients.
Le texte que nous livre Benoît Peters est une autobiographie culinaire, retraçant son parcours depuis ce repas avec Marie-Françoise, son amoureuse, à Roanne chez les frères Troisgros qui marque l’apparition de sa vocation culinaire. Quand ses parents lui coupent les vivres en apprenant qu’il a laissé tomber la préparation de Normale Sup, il se lance dans une activité de repas à domicile, tentant de mêler tant bien que mal ses deux passions que sont la littérature et la cuisine.
Un article écrit dans la revue Conséquences « Vers la cuisine pure » lui permettra de rencontrer le très talentueux chef, Willy Slawinski, qui a ouvert à Gand, l’Apicius et avec lequel il noue une relation d’amitié empreinte d’une profonde admiration. Sa mort, à 43 ans, en 1992, le bouleversera autant que celle de Roland Barthes, en 1980, qui avait dirigé son mémoire sur « les bijoux de la Castafiore ».
Les dessins d’Aurélia Aurita, en noir et blanc, d’une simplicité joyeuse, transcrivent élégamment la générosité qui animent ces artisans du bonheur qui jouent de leurs mandolines et font grésiller les cuivres sur leurs pianos. Son graphisme met parfaitement en valeur l’écriture de Benoît Peters. Une belle découverte qui nous fait pénétrer au cœur d’un métier difficile et passionnant pour cet ouvrage qui mérite à 100% sa place de finaliste des Bulles du Travail !
Cyril Yama, Secrétaire confédéral FO - Secteur de la presse et de la communication
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Les âmes noires
On est loin de la Chine ultra-moderne, mais vraiment dans le quotidien des travailleurs du charbon. Le titre porte bien son nom : la noirceur est très présente, tant dans l’environnement que dans les personnages. Une dureté de la vie très bien retranscrite. Une violence sourde, une tension, une espérance conjuguée à un désespoir omniprésent. La vie d’un homme qui veut s’en sortir. Le dessin est beau. Sobre parfois. Il réussit son pari.
Marc Chalvin, illustrateur, dessinateur
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Pillow Man
Un homme, chômeur de longue durée, retrouve un travail (il sert d'oreiller aux gens qui n'arrivent plus à dormir) qui redonne du sens à sa vie et lui rend sa confiance et son estime de soi. Très bien vu, très touchant. Une métaphore efficace qui permet de parler de façon subtil du monde du travail.
Les horaires atypiques donc l'adaptation la flexibilité et l'agilité (concept à la mode)
Les conditions de travail, (lui ne doit pas dormir ni avoir de relation sexuelles)
les rapports entre collègues, les rapports avec son supérieur.
Les difficultés économiques et la honte du chômage.
Un travail dont on ne peut pas parler parce qu'on pense que l'entourage ne comprendrait pas.
La transmission (Il devient vite un exemple pour les autres et devient mentor)
L'excès d'engagement personnel dans le travail. (Il finit par s'attacher à ses "clientes")
Les difficultés d'adapter son travail à sa vie privée.
Sa femme qui l'a toujours soutenu se sent trahie quand elle apprend ce qu'il fait. Et lui qui avait peur de lui en parler (puisqu'il dort avec d'autres femmes) aimerait qu'elle comprenne que ce travail l'épanoui, le rend heureux.
Le livre montre aussi que lorsqu'on fait confiance à quelqu'un il retrouve son estime de soi et devient plus efficace et qu'un travail dans lequel on se reconnait fait du bien et redonne du sens à la vie. Et tout ça pour une histoire d'oreiller.
Yaneck Chareyre, Journaliste , critique et essayiste BD
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Ginseng Roots
Ginseng Roots est un pavé. Craig Thompson a produit une nouvelle œuvre fleuve. Mais c’est une œuvre dans laquelle lecteurs et lectrices auront envie de rester. Que l’on aura plaisir à refermer sur un marque-page, pour mieux revenir lire la suite du récit. C’est un ouvrage intelligent, sensible et beau, dans lequel l’espoir n’est pas interdit, malgré un présent sombre. N’est-ce pas une lecture indispensable, à notre époque ?
Ginseng Roots nous éclaire sur la vie dans le Midwest américain. Il nous montre 50 années d’évolution économique. La place prise par les minorités asiatiques peu connues en France que sont les Hmong, par exemple. C’est une vision de l’agriculture américaine, différente des clichés habituels, souvent tournés autour de l’élevage bovin et des immenses champs de céréales. C’est un questionnement de l’agriculture intensive et de ses effets sur le sol, comme sur les corps.
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