Organisations
Le 26 Février, l'Union Européenne n'a pas le droit à l'erreur !
Le 26 février, le commissaire européen chargé de la stratégie industrielle, le Français Stéphane Séjourné, doit présenter le projet sur l’accélération industrielle. Ce texte doit comprendre les propositions attendues pour privilégier la production continentale, notamment sur la part de contenu local des véhicules électriques. Celles-ci devaient originellement être rendues publiques en fin d’année 2025, avant d’être reportées à trois reprises. Pour notre secteur automobile en général, et pour nos équipementiers en particulier, ce que va annoncer la Commission européenne constitue presque un enjeu vital.
Les équipementiers eux-mêmes ne cessent d’alerter, sur les menaces chaque jour plus grandes qui pèsent sur eux. Une part très importante des emplois du secteur dépend des annonces de l’UE. Le président de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (FIEV), Jean-Louis Pech, a prévenu dans les pages du Figaro : « Sans action rapide et déterminée, ce sont des milliers d’emplois industriels, des dizaines d’usines et des pans entiers de notre savoir-faire qui vont continuer de disparaître au profit de pays à bas coûts. » Ce ne sont pas des mots en l’air, c’est une réalité que nous n’avons plus le droit d’ignorer.
L’Insee a récemment indiqué qu’en France les effectifs de l’automobile ont baissé de 33 % entre 2010 et 2023, soit une perte de 139 000 équivalents temps plein. Ce n’est malheureusement qu’un début si rien ne change. Le dernier rapport du Haut-Commissariat à la stratégie l’a rappelé : la pression de la Chine ne se limite plus à des segments à faible valeur ajoutée, elle touche désormais le cœur des bastions industriels européens. Les règles du jeu sont tronquées parce que la Chine ne respecte pas les mêmes normes sociales et environnementales que les pays européens, mais aussi parce que les entreprises chinoises bénéficient pleinement des subventions de l’État. L’industrie automobile est l’une des principales victimes de cette concurrence totalement faussée, mais elle n’est pas la seule.
La défense de notre industrie automobile n’est rien de moins que la condition de notre avenir : si nous ne sommes pas capables de la préserver, c’est l’ensemble de notre industrie qui s’effondrera, secteur par secteur.
Notre industrie automobile a besoin que l’on impose qu’une part significative des composants des véhicules produits localement provienne du territoire national, mais aussi que l’on conditionne les aides publiques au maintien des emplois sur le territoire et que l’on protège l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur.
Nous n’attendons plus de discours martiaux ou des envolées lyriques sur le made in France, mais des décisions courageuses et réalistes.
Afficher les commentaires
MADE IN EUROPE, UNE RÉPONSE À LA NOUVELLE MONDIALISATION ?
Alors que la concurrence mondiale fait rage et que ses acteurs semblent s’affranchir de toutes les règles ou en inventer de nouvelles à leur profit exclusif, l’Europe prend son temps pour peaufiner sa riposte.
Au coeur de sa contre-attaque, le « made in Europe » que doit prochainement soutenir un « industrial accelerator act ». La réponse sera-t-elle à la hauteur des enjeux ?
Un bref coup d’oeil dans le rétroviseur laisse sceptique…
En choisissant de parler de « rouleau compresseur chinois » pour présenter le 9 février ses mesures censées prévenir l'effondrement industriel européen, le Haut-commissariat au Plan européen a clairement signifié que la menace asiatique était de nature existentielle.
En quelques décennies, l’Empire du Milieu s’est doté d’un appareil productif titanesque, fondé sur des coûts bas, des surcapacités massives et une montée en gamme technologique très rapide, soutenue par un pilotage stratégique assumé de l’État.
Résultat : la Chine s’arroge aujourd’hui 35 % de la production manufacturière mondiale, quand l’Allemagne, première puissance industrielle d’Europe, atteint péniblement 5 %. Pour la France, « un quart des exportations […] apparaît directement menacé par la concurrence chinoise », a précisé le Haut-commissaire Clément Beaune.
En misant sur une hausse des droits de douane et une dépréciation monétaire, l’Europe se cantonne à une posture défensive (méprisant au passage les règles de l’OMC) alors qu’il faudrait des mesures offensives. Parmi elles, et comme le défend la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, notre organisation estime qu’une préférence européenne et le soutien affirmé au « made in Europe » seraient plus efficaces et plus cohérents.
Les Vingt-Sept y sont-ils prêts ?
En ont-ils réellement les moyens politiques et budgétaires ?
La réunion des dirigeants européens le 12 février en Belgique, qui devait apporter des réponses, n’a fait que renforcer le doute. Selon le président du Conseil européen, Antonio Costa, il s’agissait surtout de donner une « impulsion politique dans le domaine de la compétitivité », tandis que les mesures concrètes tardent et que l’industrie a fait part de son impatience dans une tribune remarquée plaidant pour une « préférence européenne ».
RECHERCHE PROTECTIONNISME DÉSESPÉRÉMENT
Refonder le modèle économique européen face à la montée en puissance chinoise et au tournant protectionniste américain : tel était l’objectif affiché de ce sommet consacré à l’industrie, dont le programme laissait pourtant perplexe.
Entre diagnostic géopolitique, débats sur le renforcement du marché unique et réflexion sur les outils de compétitivité, le rendez-vous est apparu en décalage avec l’urgence industrielle.
« Ce n'est plus le temps du diagnostic, c'est le temps de l'accélération », a taclé un diplomate cité par Les Echos. Encore faudrait-il avoir enclenché la première.
Les projets avancés interrogent, voire inquiètent.
Ainsi, il faudrait transformer d’ici fin 2027 un marché unique toujours inachevé en véritable marché unifié. C’est toute l’ambition du slogan « Un continent, un marché » lancé par Ursula von der Leyen. Pour y parvenir, il serait question de s’attaquer d’abord à l’empilement normatif, objectif que notre organisation défend de longue date, mais compromis par la prolifération des paquets Omnibus, dont l’accumulation commence à ressembler à un mauvais feuilleton.
Autre idée inspirée : bâtir un marché financier unique, priorité pour le moins déconnectée au regard des ravages de la financiarisation de l’économie. Elle inclut la titrisation, dont le rôle dans la crise des subprimes de 2008 reste dans toutes les mémoires. Présenté comme audacieux, le « 28ème régime » permettrait de créer en 48 heures une entreprise européenne, au risque d’ignorer le tissu de PME-PMI, coeur battant de l’industrie, mais sans vocation à devenir obligatoirement les « champions européens » chers à Bruxelles.
Prévenir l’effondrement industriel européen
On peut toutefois saluer l’existence d’un pilier visant à réduire la dépendance aux matières premières critiques, un sujet porté par notre Fédération depuis plus de dix ans, même si sa mise en oeuvre concrète se fait attendre. Globalement, est-il pertinent de répondre aux États-Unis et à la Chine par une déréglementation généralisée et une mise à distance progressive de la question environnementale, autrement dit en s’alignant sur les pratiques que l’on dénonce par ailleurs ?
Derrière ces réformes destinées à renforcer l’Europe, les discussions butent sur une condition essentielle : la protection effective de son appareil productif. FO Métaux le martèle avec constance : seul un protectionnisme intelligent, ciblé et assumé permettra de contrer les effets de la concurrence internationale et d’éviter de nouveaux décrochages industriels.
NE PAS BRÛLER LES ÉTAPES
Face à la concurrence mondiale et aux déclarations d’intention, c’est du côté de l’« industrial accelerator act », dont les mesures doivent être dévoilées début mars après plusieurs reports, qu’il faut désormais se tourner. Au coeur du texte : la fameuse préférence européenne, déclinaison supranationale du principe que FO Métaux promeut en France, celui du « fabriqué en France ».
Il s’agit de relocaliser les productions en s’appuyant sur la transition électrique, de conditionner strictement les aides publiques au maintien de l’emploi sur le territoire, d’imposer une politique industrielle de souveraineté à l’échelle nationale, d’exiger qu’une part significative des composants provienne du territoire et de protéger chaque maillon de la chaîne de valeur afin d’éviter son affaiblissement progressif.
Pour nous , étendre ce principe à l’échelle européenne n’est pas exclu, loin s’en faut, mais encore faudrait-il déjà disposer d’un dispositif national solide et pleinement opérationnel.
Initialement baptisé « Industrial Decarbonisation Accelerator Act », le texte a perdu dans les couloirs bruxellois sa dimension environnementale, pourtant cruciale pour l’avenir des industries lourdes. Il pose néanmoins un principe fort : tout euro public dépensé - marchés, subventions, enchères - devra soutenir prioritairement la production européenne et les emplois qui en découlent.
On ne peut que s’en féliciter : la Chine et les États-Unis imposent depuis longtemps la production locale comme critère d’accès aux subventions, pourquoi l’Europe s’en priverait-elle ? Le texte prévoit aussi des exigences renforcées pour les investisseurs étrangers : transferts de technologies, emploi local, sourcing européen. « Nous leur imposons ce qu'ils nous ont imposé il y a vingt ans », assume-t-on à Bruxelles.
Reste qu’en abandonnant l’objectif de décarbonation tout en prétendant sécuriser les secteurs « critiques », la Commission semble s’arrêter au milieu du gué. Ursula von der Leyen soutient la préférence européenne pour « créer des marchés pilotes dans les secteurs stratégiques et soutenir la montée en puissance des capacités de production », mais ses contours demeurent flous.
Quels secteurs seront réellement concernés ?
Quelle part de composants européens sera exigée ?
Ces arbitrages seront décisifs.
Alors que la préférence européenne devrait faire consensus tant l’industrie de l’Union est fragilisée, les Vingt-Sept ont opté pour un compromis à géométrie variable. D’accord pour la préférence européenne, mais seulement dans « des secteurs stratégiques sélectionnés, de manière proportionnée et ciblée », a résumé Antonio Costa. Un protectionnisme aux mailles encore larges, avec un filtrage renforcé là où il serait « nécessaire et utile ».
La liste des secteurs pourrait être arrêtée en mars, après les propositions de l’industrial accelerator act. Celui-ci ne serait que la pièce centrale d’un dispositif plus vaste, une réforme des marchés publics devant ensuite poser les bases concrètes du made in Europe. En attendant un compromis qui, une fois de plus, ne satisfera sans doute personne, le cap demeure celui d’un surcroît de libéralisme, soit la cause d’une large part des maux d’une industrie européenne qui, en attendant, n’a pas fini de souffrir…