Nucléaire: du retard à l'allumage !
Enfin ! Il aura fallu 3 ans pour donner un peu de visibilité aux industriels français, entre le discours de Belfort d’Emmanuel Macron et le conseil de politique nucléaire (CPN) du 17 mars 2025, et définir un schéma de financement pour le nouveau nucléaire civil tricolore.
Le CPN a confirmé le schéma de financement des six futurs réacteurs EPR2, qui sera soumis à Bruxelles. Il a notamment validé l'option d'un « prêt de l'État bonifié » couvrant « au moins la moitié des coûts de construction ». Ce modèle de financement serait assorti d’un contrat sur la production nucléaire à un prix garanti par l’Etat de 100 euros maximum du mégawattheure (MWh).
C’est donc une véritable respiration pour la filière mais il manque encore la moitié des financements pour ces 6 tranches.
Si certains industriels, comme Framatome, en accord avec EDF, ont commencé la production des éléments lourds nécessaires à la construction de ces centrales sur fonds propres pour tenir les délais, ils ont également lancé de lourds programmes de rénovation de leurs outils de production et le schéma nécessaire à des projets comme celui de FORGE + au Creusot ou de l’extension de l’usine de Saint-Marcel, en Bourgogne, qui sont basés sur ces 6 premières tranches mais aussi sur les 8 suivantes, évoquées il y a 3 ans. Le chemin est encore long pour assurer une véritable viabilité.
Notre fédération le sait d’autant plus que nos représentants contribuent au CSFN (Comité Stratégique de Filière Nucléaire) et que les enjeux de formation et de renouvellement des compétences sont aussi majeurs pour la filière.
Le soutien aux SMR
Calogena, c’est le premier choix de l’Etat pour la construction du premier Petit Réacteur Modulaire (SMR en anglais). Bon choix pour FO Métaux ! Prévu pour alimenter les systèmes de chauffages urbains des agglomérations, il doit permettre la décarbonation et se base sur des briques technologiques éprouvées dans une société composée d’experts de longue date du domaine. Les autres technologies ne sont pas en reste mais prendrons certainement plus de temps à être développées.
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Notre dossier sur le nucléaire
Le neutron sort du brouillard
30 ans de gâchés. Le plan Fillon avait permis de développer le design du réacteur à neutrons rapides Astrid chez Framatome pendant presque 10 ans. Puis, les mêmes qui relancent le projet Astrid 2 aujourd’hui ont dit STOP en 2019. Résultats, les experts passionnés du sujet ont été débauchés par les start-up étrangères qui se sont toutes fait financer par France Finance et on nous les présente aujourd’hui comme ceux qui ont les solutions de demain, cherchez l’erreur …
Dominique Voynet au HCTISN : une nomination qui interroge
Rappelons que le programme Astrid 2 est la relance du programme Astrid, qui devait être le successeur du réacteur de Creys-Malville, qui permettait à la France d’utiliser l’uranium appauvri et le plutonium actuellement produit dans les réacteurs REP. Le réacteur de Creys-Malville a été fermé à la demande de Dominique Voynet pour des raisons politiques, dans le cadre d’un accord électoral entre les Verts et le parti Socialiste. Sa nomination au Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN) semble être un gage donné aux anti-nucléaires, mais notre organisation syndicale rappelle que la France dispose déjà de l’ASNR (Agence de Sûreté Nucléaire et Radioprotection), qui est totalement indépendante des industriels et donne toutes les informations aux Français depuis toujours.
Par ailleurs, l’Élysée valide le principe du financement de l’Aval du futur, à La Hague (Manche), afin de répondre aux besoins du parc nucléaire existant puis des EPR2. Le CPN a aussi lancé des travaux préparatoires nécessaires pour relancer la recherche sur la « fermeture du cycle », avec l’ambition de se passer à terme des importations d’uranium naturel. Ce qui n’aurait pas été nécessaire si le projet Astrid n’avait pas été abandonné en 2019… En attendant, pour assurer notre souveraineté en uranium dans le contexte géopolitique actuel, le CPN a également validé une stratégie de développement des activités minières d’Orano.
Toutes ces annonces donnent de la visibilité et une partie de la solution, notre fédération s’en félicite.