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16 / 03 / 2026 | 12 vues
Alain Arnaud / Abonné
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L’éducation économique et financière, un enjeu social, démocratique et de liberté

La Semaine de l’Education Financière 2026 « L’argent, osons en parler ! » s’est tenue du 16 au 22 mars dernier, à l’initiative de la Banque de France et des acteurs de l’éducation économique, budgétaire et financière (EDUCFI).

 

A cette occasion, de nombreuses organisations ont participé à des actions de sensibilisation à destination d’un large public de jeunes. Cette Semaine est le volet français de la Global Money Week de l’OCDE qui depuis 2012 promeut les initiatives visant à améliorer la culture financière des jeunes. Ces actions de sensibilisation ont une forte utilité dans un domaine de grande complexité qui nécessite beaucoup de pédagogie pour en apprendre les définitions et les rouages. Elles sont d’autant plus utiles alors que fleurissent de plus en plus d’arnaques financières dont sont victimes non seulement les plus fragiles mais aussi ceux qui font preuve d’une grande crédulité dans le commerce numérique.

 

Mieux gérer son argent et son épargne, maîtriser son endettement, prévenir les arnaques financières, savoir à qui s’adresser en cas de difficulté figurent parmi les objectifs visés, nous dit la Banque de France.

 

L'éducation économique et financière joue ainsi un rôle crucial non seulement dans le développement personnel des individus et leur vie quotidienne, mais aussi dans la santé démocratique d'un pays. Une population bien informée est mieux à même de comprendre et de critiquer les programmes et les politiques économiques, favorisant un débat éclairé à défaut de quoi il ne peut y avoir de véritable démocratie. Si cette démarche d’éducation économique et financière s’adresse principalement aux jeunes, et c’est essentiel, elle devrait aussi concerner les moins jeunes et plus généralement l’ensemble des citoyens. Mais pour cela il faut de leur part un minimum de réceptivité.

 

En France, et probablement dans d’autres pays, la finance, la banque, l’argent, ont une connotation assez négative dans l’opinion publique, d’autant plus renforcée que les pratiques révélées par les crises financières de ces dernières années, notamment la grave crise de 2008, ont été particulièrement destructrices pour l’image des banques et du monde financier. Un candidat à la présidence de la République avait lui-même déclaré dans sa campagne électorale en 2012 que son principal adversaire était le monde de la finance !

 

Pour autant, faut-il diaboliser la finance, en faire un adversaire désigné, le responsable de tous les maux ?

 

Certainement si l’on considère comme l’a écrit Joseph Stiglitz, que la libre circulation du capital a entraîné un droit du capital, qui non seulement supplante les droits des travailleurs et les droits politiques, mais impose sa loi au système économique mondial (Stiglitz, 2012). Et cette « loi » devient extrêmement dangereuse lorsqu’elle s’appuie sur des pratiques spéculatives, ce qui est souvent le cas.


Mais on peut avoir une appréciation plus positive de la finance si l’on considère que son utilisation doit être faite à bon escient, et régulée, autrement dit qu’elle doit être à sa place, c’est-à-dire celle d’un moyen, et non d’une finalité comme malheureusement elle est devenue depuis qu’existe un marché des capitaux.

 

Ainsi, on peut imaginer que dans le cadre d’une meilleure éducation économique et financière de nos concitoyens, la finance soit considérée comme facteur d’une économie plus éthique, plus responsable et plus solidaire, et c’est bien le sens qu’il faut donner au concept de finance socialement responsable. En inculquant une conscience financière responsable, on encourage des pratiques soutenables qui tiennent compte des droits et des besoins des générations futures.

 

En intégrant des dimensions d'éthique dans l'éducation financière, on engage les citoyens à prendre des décisions en tenant compte non seulement de leurs intérêts personnels, mais également de l'impact sur la société.

 

Cela étant posé, il reste que d’une manière générale, les banques et les acteurs financiers doivent aussi participer à cette démarche d’éducation des populations. Ils le font peu ou prou, mais le secteur bancaire a néanmoins besoin d’une véritable « écologie » financière.

 

La première mesure « écologique » est d’appliquer les normes institutionnelles, - les autorités de régulation et de contrôle y veillent -, mais aussi la déontologie de la profession parce qu’il en existe une, contrairement à ce que l’on pourrait penser.

 

En Europe et en France, les nombreuses législations et réglementations prises à la suite des recommandations des G20 sont draconiennes et les autorités de contrôle plutôt exigeantes et tatillonnes, d’autant plus que la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme sont devenues des priorités absolues.

 

Une seconde mesure « écologique » est d’organiser la traçabilité des flux et des opérations. Le client déposant d’une banque doit être en mesure de comprendre comment est utilisé son argent, et savoir quelle est la marge d’intérêt que l’établissement gestionnaire perçoit. Accessoirement, il a droit à connaître la formation des coûts dans la facturation des frais bancaires. De la même façon, il doit savoir comment sont construits les produits d’épargne et d’investissement qui lui sont proposés par sa banque, avec quelle composition, et avec quel degré de risque.

 

Des progrès ont été enregistrés ces dernières années, mais il reste encore à faire si l’on en juge par le nombre de sanctions prononcées par l’ACPR et l’AMF.

Par ailleurs, les emprunteurs doivent comprendre que lorsqu’une banque prête de l’argent, ce n’est pas le sien, c’est celui des déposants ou celui qui a été emprunté sur le marché, et qu’il est normal que la gestion du risque soit au cœur de l’activité de crédit.

 

L'éducation économique et financière ne se limite donc pas à la maîtrise de techniques financières, mais est aussi en termes d’enjeux sociaux et démocratiques un vecteur de justice sociale, d'engagement civique et de durabilité à long terme.

 

En misant sur l'éducation dans ce domaine, on peut contribuer à construire une société plus juste et résiliente. Finalement, notre défi collectif est de faire la démonstration qu’avec un système de valeurs solide, avec une conception pertinente de la mise en réseau, avec une forte volonté, on peut construire un écosystème qui conjugue efficacement économie, finance, responsabilité et solidarité.

 

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