Organisations
Etude AlterNego sur le dialogue social : dépasser les logiques d'opposition pour enrichir le dialogue
L’étude AlterNego sur le dialogue social est née d’un double constat : d’un côté, les organisations traversent des transformations profondes qui bousculent le travail et les modalités de régulation ; de l’autre, le dialogue social fait aujourd’hui l’objet de nombreuses interrogations — perte de proximité avec le terrain, rôle des IRP questionné, difficulté de compréhension pour les collaborateurs.
Dans ce contexte, nous avons souhaité proposer une lecture transversale du dialogue social, dépassant les approches centrées sur les seules instances ou les seuls acteurs.
Cinq organisations partenaires issues de secteurs variés ont participé à cette première édition, réunissant 4 290 répondants et explorant des dimensions essentielles telles que les représentations du dialogue social, sa perception dans l’organisation, la sensibilisation, les attentes et les priorités à investir.
En termes de représentation, le dialogue social bénéficie d’une forte adhésion symbolique — ce qu’il devrait être, avec 78% des répondants qui y voient un moyen de défendre les droits des salariés — mais souffre d’un déficit de légitimité pratique — ce qu’il est dans les organisations, seuls 57 % le considérant comme une méthode de convergence des intérêts. Il reste ainsi trop souvent vécu comme un exercice réglementaire davantage que comme un espace vivant où l’on met en discussion le travail, les besoins et les trajectoires futures.
Dans la même veine, les accords collectifs ne correspondent bien aux besoins que pour seulement 37 % des répondants, et même parmi les partenaires sociaux, l’adhésion dépasse à peine 50 %. Ces résultats posent la question de l’efficacité réelle des accords collectifs : un accord n’est pas efficace parce qu’il existe ; il l’est lorsque son objectif est clair, partagé, compréhensible, et lorsqu’il améliore concrètement le travail et les conditions d’exercice.
Enfin, les attentes prioritaires des salariés vis-à-vis du dialogue social portent d’abord sur le quotidien du travail : conditions de travail, équilibre des temps de vie, pouvoir d’achat... les sujets d'avenir comme la lutte contre le réchauffement climatique ou l'impact de l'IA sont relégués en queue de classement.
Ainsi, les sujets qui vont profondément transformer les emplois et les façons de travailler dans les années à venir apparaissent comme des préoccupations secondaires, alors même qu’elles conditionnent déjà les trajectoires des emplois, des compétences et des modèles productifs.
Cela révèle un point structurant : le dialogue social s’inscrit encore dans une logique de réaction. Il traite ce qui est déjà là, les irritants du quotidien, mais peine à intégrer les transformations structurelles avant qu’elles ne produisent leurs effets.
Faire du dialogue social un espace où l’on discute des mutations avant qu’elles ne s’imposent, pour construire des trajectoires justes et soutenables reste donc un challenge. Autrement dit, passer d’un dialogue social qui répond à un dialogue social qui prépare, en reconnectant les priorités sociales aux mutations profondes du travail.