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Soin : les besoins de l’humain au-delà des logiques de dispositifs
Ce fut l’intuition d’un concept nouveau, ce sera une rencontre, c’est aujourd’hui un livre.
Le concept est celui d’une « écologie du soin », la rencontre fut l’organisation, en juin 2024, d’États généraux sur le sujet en un lieu emblématique, le Village landais Alzheimer Henri Emmanuelli à Dax.
Le livre « Pour une écologie du soin » dirigé par Marie-Anne Montchamp, directrice de l’OCIRP (avec Anne Dhoquois) a été présenté le 3 mars au LabOcirp que dirige Jean-Manuel Kupiec.

Qu’est-ce donc que l’écologie du soin ?
C’est essentiellement — on a envie de dire très simplement, très évidemment— la prise en compte des besoins des humains au-delà des dispositifs de soin auxquels ilssont confrontés quelle que puisse être leurqualité.
Lors de la présentation, Stéphane LeBouler et Roland Dysli, tous les deux ayant participé aux États généraux, ont illustré le concept, le premier dans le champ du grand âge, le second dans celui de l’accompagnement des jeunes en difficultés, Marie-Anne Montchamp concentrant ses interventions dans celui de plus en plus impliquant de la santé mentale.
Dans ces trois domaines, les humains, seniors, enfants, personnes touchées par les maladies psychiques sont « pris en charge » par des dispositifs normés, administrés qui fonctionnent ,nolens volens, dans une logique d’offre.
Les humains, dans leur diversité, leur singularité, leur sensibilité voudraient tout au contraire être « soignés » dans des logiques de besoins.
Ainsi Stéphane LeBouler a dénoncé les modèles industriels que représentent les EHPAD, les formations « en silo » des professionnels du soin ; il y jusqu’à quarante-cinq spécialités recensées dans les métiers du paramédical. Avec Marie-Anne Montchamp, il insistera sur les changements considérables que la prise en compte de l’écologie du soin implique en termes de formation.
La question est d’autant plus essentielle que ,démographiquement s’agissant du grand âge, tragiquement s’agissant des enfants et des maladies mentales, les besoins de professionnels qualifiés vont exploser. À l’horizon 2050, on devrait compter en France 800.000 personnes de plus en perte d’autonomie dont 400.000 en situations sévères.
Qu’il s’agisse d’hébergement en EHPAD (plus 400.000) ou du maintien a domicile (plus 400.000 selon la CNSA) de sont des dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui devront être formés. Sauraient-ils l’être selon les modèles actuels qui assignent à chacune et à chacun leur place sans ouverture sur le métier de l’autre ?
Ces approches normées, administrées, pouvant être amenées à se trouver en concurrence, en contradiction les unes avec les autres, créent des laissés pour compte, des personnes « sans solution » en nombre croissant.
C’est à ces logiques que les tenants de l’écologie du soin entendent s’opposer.
Comme l’écrit René Ortega, en responsabilité au sein du Conseil départemental des Landes : « l’écologie du soin défend une vision humaniste et rationnelle qui met le bien commun au cœur de nos préoccupations et nous rappelle que nous sommes tous interdépendants ; le rapport à sa santé et à son bien-être dépend de celui des autres »
Au-delà de la présentation au LabOcirp, l’ouvrage présente d’autres applications du concept telles qu’elles ont pu être développées aux États généraux de Dax et publie le Manifeste adopté à la fin de leurs travaux.
Marie-Anne Montchamp a aussi tenu à donner la parole à quatre personnalités pour leurs « regards croisés » sur la démarche.
Franck Bellivier est délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie ; il souligne, alors qu’on estime qu’un quart de la population sera confronté à un trouble mental l’inadéquation entre les besoins et l’offre aujourd’hui disponible.
Pierre Larrouturou est économiste ; il revient sur les risques sanitaires des actuelles conditions et rythmes du travail. Jean-Philippe Pierron est philosophe ; il remarque que le soin n’est pas « l’application mécanique d’un protocole, mais la création imaginaire d’une manière de soigner »
Le quatrième regard est celui de Sophie Binet ; dans son intervention la secrétaire générale de la CGT souligne le paradoxe tragique que dans les conditions actuelles du soin il y a souvent le drame des femmes et des hommes qui y sont confrontées, mais aussi la souffrance de celles et de ceux qui sont là pour le dispenser.
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« Pour une écologie du soin » ouvrage dirigé par Marie-Anne Montchamp avec Anne Dhoquois (éditions de l’Atelier, 2026)
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