Participatif
ACCÈS PUBLIC
03 / 09 / 2026 | 16 vues
CGT Macif UES SAM / Membre
Articles : 83
Inscrit(e) le 10 / 04 / 2018

Macif : le mutualisme ne peut pas s'arrêter à la porte des salariés

La Macif aime rappeler ce qui fait sa différence. Son histoire mutualiste, son appartenance à l'économie sociale et solidaire, une gouvernance qui donne une place importante à la représentation des sociétaires, à la proximité et à la démocratie. Nous y sommes attachés nous aussi.


Mais pour la CGT Macif, ces principes ne peuvent pas être uniquement ceux que l'on affiche lorsqu'on parle du modèle mutualiste. Ils doivent aussi se vérifier à l'intérieur de l'entreprise.


Et c'est bien là que nous avons aujourd'hui des inquiétudes.


La démocratie sociale n'est pas une formalité. Elle ne consiste pas à réunir les syndicats, à leur présenter des décisions ou des projets, puis à considérer que la discussion a eu lieu. Elle suppose que la parole des salariés puisse réellement peser. Elle suppose aussi des organisations syndicales indépendantes, présentes sur le terrain, capables d'interpeller la Direction et de s'opposer à elle lorsque les intérêts des salariés l'exigent.


C'est notre conception du syndicalisme.


Quand le terrain dérange


À la CGT Macif, nous passons beaucoup de temps sur le terrain. Nous rencontrons les salariés dans les différents métiers et sur les sites. Nous écoutons ce qu'ils nous disent de leur travail, de leurs difficultés, de leurs conditions de travail.


Et ce que nous faisons remonter n'est pas toujours confortable à entendre.


Depuis plusieurs mois, nous alertons sur la charge de travail, les risques psychosociaux, les agressions et incivilités, certaines organisations du travail, la perte de sens et plus largement sur une dégradation des conditions de travail dans plusieurs secteurs de l'entreprise.


Ce ne sont pas des sujets secondaires.


Derrière ces alertes, il y a des salariés qui nous parlent de leur quotidien, parfois de leur épuisement, de leur incompréhension face à certaines décisions ou du sentiment de ne plus être entendus.


Notre rôle n'est pas d'édulcorer cette réalité pour qu'elle corresponde mieux au discours de l'entreprise. Notre rôle est de la faire remonter. Et quand nous estimons qu'une situation n'est pas acceptable, nous le disons.
 

Le problème est qu'aujourd'hui nous avons trop souvent le sentiment que les alertes qui ne correspondent pas à la lecture de la Direction sont relativisées, contestées ou finissent par se perdre dans des réponses qui ne changent pas suffisamment la réalité du travail.


Pour la CGT Macif, ce manque d'écoute devient préoccupant.


Un syndicat n'est pas là pour accompagner la Direction.


Il faut peut-être rappeler une évidence mais une organisation syndicale n'est pas un relais de la politique de l'entreprise. Elle n'est pas là pour rendre acceptables des décisions déjà prises ni pour donner une caution sociale aux orientations de la Direction. Elle représente les salariés. Cela signifie défendre leurs intérêts, porter leurs revendications, intervenir sur leurs conditions de travail et, lorsque c'est nécessaire, créer un rapport de force. Cela signifie aussi pouvoir dire non. Nous assumons cette indépendance.


Lorsque nous contestons une décision, lorsque nous alertons publiquement ou lorsque nous allons à la rencontre des salariés, nous ne sortons pas de notre rôle. Nous l'exerçons.


Une Direction peut évidemment préférer une parole syndicale plus discrète ou moins dérangeante. Mais la démocratie sociale ne se juge pas à la place accordée aux organisations lorsqu'elles accompagnent les décisions. Elle se juge aussi à la place qu'on leur laisse lorsqu'elles les contestent.


Une entreprise de l'ESS doit être cohérente avec ce qu'elle revendique .C'est là que le modèle Macif nous interpelle particulièrement.


Comment défendre, à juste titre, une gouvernance mutualiste fondée sur la représentation et la proximité sans accorder la même importance à la capacité des salariés à faire entendre leur voix dans l'entreprise ?


Comment promouvoir la démocratie auprès des sociétaires tout en considérant comme gênante la contradiction lorsqu'elle vient des salariés et de leurs représentants ?

Pour la CGT Macif, cette question doit être posée.


Nous ne confondons pas démocratie mutualiste et démocratie sociale. Mais nous refusons qu'elles puissent fonctionner selon deux logiques opposées : valoriser la représentation et la proximité d'un côté, tout en regardant avec méfiance celles et ceux qui les font vivre de l'autre.


La période devrait au contraire conduire à renforcer l'écoute du terrain.


Les métiers évoluent, les organisations changent, l'intelligence artificielle arrive dans de nombreuses activités et les exigences de productivité restent fortes. Dans le même temps, les alertes sur les conditions de travail sont là.


À la CGT Macif, nous continuerons donc à faire ce pour quoi les salariés nous ont élus et mandatés : aller sur le terrain, défendre leurs droits, porter leurs revendications, alerter, contester et construire le rapport de force lorsqu'il est nécessaire.


Nous continuerons aussi à dire ce qui ne va pas, y compris lorsque cela dérange.


Parce qu'une entreprise mutualiste ne peut pas revendiquer la démocratie uniquement lorsqu'elle lui convient.

Pas encore de commentaires