Organisations
Livreurs des plateformes : des conditions de travail totalement hors norme
L’étude Santé-course rapporte les conditions de travail affolantes des livreurs non salariés. Huit chercheurs (de l’Ined, du Ceped, de l’Inserm, du CNRS, de Médecins du monde…) se sont entretenus avec 1004 livreurs pour les plateformes, dont 73% sont sans papiers.
Pour un revenu brut de 5,83 euros l’heure et en moyenne 880 euros net par mois, ces cyclistes pédalent en moyenne 10 heures par jour et 63 heures par semaine, et 52,5% d’entre eux travaillent sept jours sur sept.
« Nous avons en face de nous des entreprises très puissantes »
Dans ces conditions, il est peu étonnant que leur état de santé soit dégradé. Et en effet, 58,7% d’entre eux ont déjà eu au moins un accident dans le cadre de leur activité. Jérémy Graça, délégué syndical chez Just Eat, n’est pas surpris : « Dans ma première année comme livreur, nous avions enregistré 999 accidents, déplore-t-il.
Les gens sont fatigués, ils travaillent de nombreuses heures pour gagner peu et forcément ils finissent par avoir des accidents. »
Seuls 56% des livreurs interrogés déclarent un état de santé bon ou très bon.
Ils font état de troubles psychosomatiques, de maux de ventre, de vertiges répétés ou chroniques, de fatigue. Or, un tiers des livreurs ne dispose d’aucune couverture santé. « Nous organisons des actions et nous essayons de nous battre, assure Jérémy Graça. Malgré la législation européenne, les choses bougent trop lentement pour que les livreurs sans papiers puissent travailler dans des conditions normales. Nous avons en face de nous des entreprises très puissantes. »