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02 / 03 / 2026 | 18 vues
Jacky Lesueur / Abonné
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Les jeunes quittent de plus en plus leurs CDI en début de carrière

Si le contrat à durée indéterminée reste la norme formelle du droit du travail français, il ne suffit plus à garantir une insertion stable en début de carrière.

 

Le Cereq (Le Centre d'études et de recherches sur les qualification(1) vient de publier une nouvelle étude intéressante sur "Ruptures choisies, ruptures subies : le CDI à l’épreuve des secteurs en début de carrière"(2) qui s'appuye sur les enquêtes Génération.(3)

 

Cette note révèle qu'entre 2020 et 2023, près d'un quart des jeunes titulaires d'un CDI trois ans après leur entrée sur le marché du travail ont quitté l'emploi salarié stable — soit sept points de plus que pour la Génération précédente.

 

Cette hausse inédite touche presque tous les secteurs d'activité, mais recouvre des réalités très contrastées : mobilité choisie vers un meilleur emploi dans certains cas, décrochage subi à la suite de la crise sanitaire dans d'autres.

 

Se dessinent ainsi deux visages opposés de la rupture de CDI en début de vie active :

- l'un synonyme de tremplin,

- l'autre de déclassement.

 

QUELQUES CHIFFRES CLÉS :


• 58 % des jeunes de la Génération 2017 en emploi étaient en CDI après 3 ans de vie active. 
• 24 % de ces jeunes n'étaient plus en CDI ni fonctionnaires en 2023 (contre 17 % pour la Génération 2010) 
• +40 % d'augmentation en moyenne des ruptures de CDI entre les deux Générations 
• ×4 : multiplication du risque de sortie durable du CDI dans les activités financières, d'assurance et immobilières 
• 67 % des ruptures de CDI ont été initiées par le jeune lui-même  

 

Les principaux éléments à retenir:

 

= Un phénomène en nette accélération

 

  • Selon les données des enquêtes Génération du Céreq, la rupture du CDI en début de vie active n'est plus une exception. Parmi les jeunes entrés sur le marché du travail en 2017 et qui travaillaient en CDI en mars 2020 — soit 58 % des actifs en emploi après trois ans —, 24 % ne se trouvaient plus en CDI ni fonctionnaires en 2023. Cet indicateur de sortie durable du CDI s'élevait à 17 % pour la Génération 2010 et 16 % pour la Génération 2004 : la tendance est donc nettement à la hausse.
  • Cette évolution s'inscrit dans un contexte post-covid marqué par l'intensification des mobilités professionnelles et une remise en question du rapport au travail chez les jeunes Générations. Les ruptures de CDI, comme les sorties durables de l'emploi stable, progressent en moyenne de plus de 40 % entre les deux Générations étudiées.

     

=  Des trajectoires très contrastées selon les secteurs

 

  • L'étude met en évidence de fortes disparités sectorielles. Le secteur le plus touché est celui des activités financières, d'assurance et immobilières, où la probabilité de quitter l'emploi stable entre la 3e et la 6e année de vie active a été multipliée par quatre entre les deux Générations. Des hausses importantes sont également observées dans le commerce, les arts et spectacles et l'hébergement-restauration.
  • À l'opposé, des secteurs comme l'information-communication, l'architecture-ingénierie ou les activités financières se distinguent par des ruptures de CDI qui restent, dans leur grande majorité, des mobilités au sein de l'emploi stable : plus de 70 % des jeunes qui y ont rompu leur CDI en 2020 occupaient à nouveau un CDI ou un poste de fonctionnaire en 2023.
  • La situation de l'hébergement-restauration est particulièrement préoccupante : plus de la moitié des jeunes qui y occupaient un CDI en mars 2020 ont quitté le salariat stable trois ans plus tard, et 31 % se retrouvaient sans emploi du tout.

     

= Ruptures choisies ou subies : un facteur déterminant

 

  • L'étude distingue les ruptures choisies (démissions, ruptures conventionnelles à l'initiative du jeune) des ruptures subies. En moyenne, 67 % des ruptures de CDI recensées ont été initiées par le jeune lui-même. Ces ruptures volontaires sont associées à de meilleures chances de maintien en emploi salarié stable. Elles sont également plus souvent accompagnées d'un changement de secteur, tandis que les ruptures subies — fréquentes dans les secteurs les plus exposés à la crise sanitaire — entraînent davantage des sorties de l'emploi salarié stable, voire du marché du travail.
  • Ces sorties contraintes font écho à la notion de « ports de sortie » — concept symétrique aux « ports d'entrée » que représentent classiquement les CDD pour accéder au marché primaire. Ces mobilités problématiques, souvent subies, peuvent produire des effets durables sur les parcours professionnels, en termes de déclassement ou d'exclusion.*

     

 

(3)Cette étude s'appuie sur le dispositif d’enquêtes Génération et mobilise trois de ses interrogations : 2011, 2017 et 2023. Ces enquêtes produites par le Céreq depuis le début des années 1990 permettent de suivre les trajectoires professionnelles des jeunes sortants du système éducatif français sur plusieurs années.

Référence de la publication Fanette Merlin - Ruptures choisies, ruptures subies : le CDI à l'épreuve des secteurs en début de carrière, Céreq Bref, n° 482, 2026

https://www.cereq.fr/ruptures-choisies-ruptures-subies-le-cdi-lepreuve-des-secteurs-en-debut-de-carriere

 

(1) Le Cereq est un établissement public français à caractère administratif de référence créé en 1971 qui réalise des études dans les domaines du marché du travail, des qualifications et de la formation professionnelle. 

(2) Référence de la publication Fanette Merlin - Ruptures choisies, ruptures subies : le CDI à l'épreuve des secteurs en début de carrière, Céreq Bref, n° 482, 2026

https://www.cereq.fr/ruptures-choisies-ruptures-subies-le-cdi-lepreuve-des-secteurs-en-debut-de-carriere

(3) Cette étude s'appuie sur le dispositif d’enquêtes Génération et mobilise trois de ses interrogations : 2011, 2017 et 2023. Ces enquêtes produites par le Céreq depuis le début des années 1990 permettent de suivre les trajectoires professionnelles des jeunes sortants du système éducatif français sur plusieurs années.

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