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Politique immobilière Ministérielle à Bercy: Des mètres carrés en moins, mais à quel prix pour les agents!
Les fédérations syndicales des Finances ont été conviées à un groupe de travail sur la politique immobilière ministérielle de Bercy
À l'occasion de cette réunion, l'administration a présenté un état des lieux du patrimoine immobilier, les orientations stratégiques pour les prochaines années, les actions en matière de transition écologique ainsi que la politique de prévention du risque amiante.
Des chiffres, des chiffres… et la suite !
La politique immobilière du ministère ne peut se résumer à une succession de chiffres, de ratios d'occupation et d'objectifs d'économies budgétaires. Derrière chaque bâtiment, chaque opération de restructuration et chaque mètre carré supprimé, ce sont les conditions de travail des agents, la qualité du service public et la présence de nos administrations sur les territoires qui sont en jeu.
Pour nous , une politique immobilière ambitieuse doit avant tout être une politique au service des agents et de leurs missions, et non un simple instrument de réduction des dépenses publiques.
Un patrimoine immobilier considérable, mais des moyens sous tension
Le ministère dispose d'un patrimoine immobilier particulièrement important, avec 2 600 bâtiments représentant 3,46 millions de m², hors opérateurs. Ce parc est majoritairement domanial, à hauteur de 81 % des surfaces. Les services déconcentrés représentent à eux seuls 79 % des bâtiments et 58 % des surfaces. Cette implantation territoriale constitue un élément essentiel de la proximité du service public.
Sur le plan budgétaire, les dépenses immobilières se sont élevées à 493,2 M€ en 2025, contre 514 M€ en 2024 et 523,7 M€ en 2023. Pour 2027, la programmation présentée s'établit à 557 M€ en autorisations d'engagement, soit une diminution de 11,6 % par rapport à la programmation 2025 (630 M€).
Ces chiffres interrogent sur la capacité du ministère à entretenir durablement son patrimoine, à engager les rénovations indispensables et à répondre aux besoins des agents.
En 2025, les dépenses se répartissaient entre les baux privés (145,1 M€), l'entretien du patrimoine (128 M€), les fluides (68 M€) et les opérations d'investissement (37,5 M€).
Notre fédération considère que l'immobilier ne doit pas devenir une variable d'ajustement budgétaire. Les économies immédiates peuvent se traduire, à terme, par une dégradation des bâtiments, des dépenses
supplémentaires et une détérioration des conditions de travail.
Rationalisation des surfaces : attention à la densification des espaces de travail !
La politique immobilière ministérielle repose sur le Schéma Pluriannuel de Stratégie Immobilière (SPSI) 2024-2028 et les Schémas Directeurs Immobiliers Régionaux (SDIR) 2024-2027.
L'administration affiche clairement sa volonté de poursuivre l'optimisation du patrimoine immobilier, de densifier l'occupation des bâtiments domaniaux et de réduire le recours aux locations privées. Pour y parvenir, plus de 400 opérations immobilières sont ainsi recensées.
Le ratio moyen d'occupation des bureaux s'établit à 25,82 m² de surface utile brute par résident à fin 2025. En administration centrale, il se rapproche de 20 m².
La recherche d'économies ne doit pas conduire à entasser les agents dans des espaces toujours plus restreints. Le développement des espaces partagés, des « flex office » ou des réorganisations immobilières ne saurait être imposé au seul motif d'atteindre des objectifs de densification. Les agents ont besoin de bureaux adaptés à leurs missions, permettant la concentration, la confidentialité des échanges, le travail collectif et le respect des règles ergonomiques. Le télétravail ne doit pas davantage servir de prétexte pour réduire mécaniquement les surfaces disponibles, au risque de dégrader les conditions d'accueil des agents présents sur site.
Notre fédération rappelle également son attachement à un réseau territorial de proximité. Les regroupements immobiliers ne doivent pas devenir le prétexte à de nouvelles fermetures de services ou à des mobilités géographiques imposées. Ce sont les bâtiments qui doivent s'adapter aux agents et aux missions, et non l'inverse !
Transition écologique : des ambitions qui nécessitent des investissements
L'administration a présenté les actions engagées pour réduire l'empreinte environnementale du patrimoine immobilier.
Entre 2019 et 2025, la consommation électrique du parc a diminué de 18,5 %. Toutefois, l'objectif de réduction des consommations énergétiques fixé à 10 % pour fin 2025 n'a été atteint qu'à hauteur de 7 %. La
programmation prévoit des travaux liés à la transition écologique sur 230 sites, pour un montant de 405 M€, représentant 96 % des dépenses d'intervention programmées sur le parc régional.
Notre fédération partage la nécessité d'accélérer la transition écologique. Faire reposer cette nécessité uniquement sur les changements de comportement individuel des agents n’est pas concevable !
Il appartient à l'employeur d’adapter les bâtiments au changement climatique et d'investir dans l'isolation, la modernisation des installations de chauffage et de climatisation, la ventilation et l'amélioration des performances énergétiques.
La sobriété énergétique ne doit jamais se faire au détriment de la santé, de la sécurité et du confort
thermique des agents. Réduire les consommations ne peut signifier travailler dans des bureaux insuffisamment chauffés l'hiver ou devenus insupportables l'été.
Conditions de vie au travail : des investissements encore trop limités
L'amélioration des conditions (avant de parler de qualité) et du cadre de vie au travail constitue l'une des quatre orientations stratégiques présentées par l'administration. Un kit ministériel relatif à l'aménagement des espaces de travail a été élaboré en 2025, en s'inspirant notamment de la norme AFNOR NF X 35-102. Cette démarche doit permettre de mieux prendre en compte l'ergonomie et l'aménagement des locaux.
Mais les moyens annoncés appellent plusieurs observations.
Sur le parc régional, les travaux d'accessibilité concernent seulement 10 sites pour 7 M€, soit 1,7 % des dépenses d'intervention programmées. Les travaux d'aménagement représentent, quant à eux, 19 sites pour 4,3 M€, soit 1 % de ces dépenses.
Ces montants interrogent au regard de l'ampleur des besoins.
L'accessibilité des bâtiments, notamment pour les agents en situation de handicap, doit être une priorité. De même, la qualité des espaces de travail doit intégrer l'acoustique, la luminosité, la qualité de l'air intérieur, les températures, les espaces de restauration et les conditions d'accueil du public.
Notre organisation syndicale revendique une véritable politique d'amélioration des conditions de travail, dotée de moyens financiers à la hauteur des besoins. Les projets de réaménagement doivent faire l'objet d'une information et d'une consultation effectives des représentants du personnel, notamment au sein des formations spécialisées compétentes, suffisamment en amont des décisions.
Amiante : la prévention doit être une priorité absolue
La politique de prévention du risque amiante a fait l'objet d'une présentation spécifique. Les données communiquées montrent que 88 % des bâtiments domaniaux sont concernés par la réglementation relative à l'amiante. Des matériaux amiantés ont été repérés dans 66 % des bâtiments, et seuls 78 % disposent d'un diagnostic technique amiante à jour.
Par ailleurs, 84 % des bâtiments présentent une signalétique amiante complète ou partielle.
Ces chiffres doivent appeler à la plus grande vigilance. Une note du secrétariat général du 15 juillet 2026 a rappelé le caractère prioritaire de la prévention du risque amiante. Elle s'accompagne notamment d'un guide ministériel et d'une fiche réflexe en cas de suspicion d'amiante lors d'un dégagement de poussière. En matière de formation, 24 sessions ont été organisées en 2025 et 2026, permettant de former 197 stagiaires.
Il ne suffit pas de produire des guides et des notes : il faut garantir leur application effective sur l'ensemble des sites ministériels. Tous les agents doivent pouvoir bénéficier d'une information claire sur les risques présents dans leurs locaux. Les diagnostics doivent être actualisés, les matériaux identifiés et les interventions strictement encadrées.
Aucun chantier ne doit exposer les agents à un risque évitable.
Notre fédération demande que la prévention du risque amiante fasse l'objet d'un suivi régulier et transparent, avec une information des représentants du personnel sur les situations à risque et les mesures correctives engagées.
Des métiers de l’immobilier indispensables
La gestion du patrimoine immobilier mobilise des moyens humains importants : 440 équivalents temps plein en administration centrale et 1 700 dans les servicesdéconcentrés.
Ces agents exercent des missions essentielles en matière de stratégie immobilière, de gestion de projets, d'entretien, de maintenance et de sécurité des bâtiments. L'administration entend poursuivre la modernisation des outils de gestion, notamment par le déploiement de solutions numériques et de nouveaux dispositifs de maintenance.
Ces évolutions ne peuvent se substituer aux compétences humaines.
Les agents chargés de l'immobilier doivent disposer d'effectifs suffisants, de formations adaptées et des moyens nécessaires pour exercer leurs missions. La recherche d'efficience ne doit pas conduire à une surcharge de travail, à une perte de compétences internes ou à une externalisation systématique des activités.
Notre fédération s’inquiète de la mise en place, en plein été et sans consultation préalable, de la Foncière de l’état et de son impact sur cette filière de l’immobilier et les agents affectés.
Pour nous l’immobilier doit rester au service des agents !
La politique immobilière ministérielle engage bien davantage que la gestion d'un patrimoine bâti. Elle détermine directement les conditions dans lesquelles les agents accomplissent quotidiennement leurs missions de service public.
Nos exigences :
Des moyens budgétaires suffisants pour entretenir, sécuriser et moderniser lesbâtiments ;
Des espaces de travail adaptés, respectueux de la santé, de l'ergonomie et des besoins professionnels des agents ;
Le refus d'une densification à marche forcée, dictée par les seuls objectifs d'économies ;
Une véritable politique de prévention des risques, notamment en matière d'amiante, de qualité de l'air et de confort thermique ;
Une transition écologique ambitieuse, financée et compatible avec de bonnesconditions de travail ;
Le maintien d'un maillage territorial de proximité, indispensable à l'exercice des missions et à l'accueil des usagers ;
Une concertation réelle avec les représentants du personnel, avant toute opération de restructuration ou de réaménagement.
Notre organisation syndicale sera particulièrement vigilante quant aux orientations du prochain schéma immobilier, notamment sur les enjeux d'adaptation au changement climatique et de sûreté des bâtiments. La modernisation du patrimoine immobilier ne doit pas se faire contre les agents, mais avec eux et pour eux.
La mise en place de la Foncière de l’Etat, EPIC chargé de regrouper les compétences, de mutualiser les moyens et d'accélérer les opérations d'entretien, de rénovation et de mise aux normes à travers une programmation des investissements, interroge sur le devenir de la politique immobilière au sein de notre ministère.
Notre fédération continuera de défendre une politique immobilière qui place la santé, la sécurité, les conditions de travail et la qualité du service public au cœur des décisions ministérielles.