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17 / 09 / 2026 | 13 vues
Jean-Philippe Milesy / Membre
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Une rentrée ambitieuse pour l'ESS mais… (lost in…transitions)

Le 16 septembre, la traditionnelle « rentrée » de l’ESS proposée par ESS-France aura connu cette année une dimension nouvelle. Sans doute l’année électorale qui a déjà commencé sous des auspices troubles y est pour quelque chose.

 

L’intervention du ministre Serge Papin, lui-même issu du coopérativisme, demeura assez convenue. Certes son plan pour soutenir la reprise des entreprises et notamment par leurs salariés représente à bien des égards une avancée. Mais dans son propos, comme dans son dispositif, le ministre a omis un élément essentiel : l’intervention dans la plupart des cas, des nouveaux Tribunaux des activités économiques, ex-Tribunaux de commerce.
 

Dans des dossiers comme Vencorex, Brandt, Fibre excellence, ces formations composées de commerçants et d’entrepreneurs montrent leur incompréhension pour ne pas dire leur hostilité, aux reprises coopératives par les salariés ou aux solutions soutenues par leurs organisations syndicales.

 

Les patrons qui y siègent veulent bien la concurrence mais la concurrence du même !

 

Sophie Binet dans son discours d’ouverture du dernier congrès de la CGT a avancé la proposition que s’agissant des activités économiques, les syndicats de travailleuses et de travailleurs participent à la désignation des juges de ces instances. Qui plus est ce sont les TAE (Tribunaux des Activités Économiques) qui dans une «expérimentation » appelée à se généraliser vont avoir à traiter des procédures collectives des associations dont ils ne connaissent ni les principes, ni les ressorts.

 

S’agissant des acteurs de l’ESS, les interventions de Béatrice. Augier, qui comme présidente d’AÉMA accueillait la manifestation et évoqua la solidarité mutualiste face aux situations difficiles du temps, d’Éric Chenut, président de la FNMF qui parla  des réponses mutualistes face aux besoins de santé et dénonça transferts de charge et taxations de  la part de l’État, de Jérôme Saddier en tant que président de CoopFR sur la modernité de l’idée de coopération, furent à coup sûr des temps forts tout comme celle en clôture de Benoît Hamon qui se félicita des premiers succès de la marque ESS.

 

David Cluzeau pour sa part en tant que président de l’UDES dénonça la taxe sur les salaires et revendiqua une claire représentation de l’ESS dans les instances du dialogue social.

 

Mais la grande nouveauté de la soirée, son plus, fut l’intervention des politiques. Antoinette Guhl , Marie-Agnès Poussier-Winsback, Aurélie Trouvé et Boris Vallaud exprimèrent leur soutien aux principes de l’ESS et à l’urgence dedéfendre celle-ci dans un contexte difficile.

 

Alors pourquoi ce « mais… » ?

 

Si Benoît Hamon avait raison en présentant l’ESS comme une « économie de la conciliation » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Jérôme Saddier et en insistant sur le modèle qu’elle constitue face aux grands problèmes du temps, les échanges étaient trop souvent à un consensus qui n’existe guère, non au sein de l’ESS, mais au sein de la société française.

 

Un des mots phares de la soirée fut celui de transition auquel il faudra bien un jour faire un sort. Transition environnementale, sociale, numérique que sais-je encore !

 

La transition d’après le dictionnaire Le Robert est le « passage d'un état à un autre, en général lent et graduel ». Elle suppose un certain consensus.

 

Or ce n’est pas l’état dans lequel nous nous trouvons.

 

Quelle transition environnementale ?

 

Le lent et graduel est dépassé : c’est l’urgence qui prévaut. Toutes les intervenante, tous les intervenants ont parlé de l’été caniculaire et des feux de forêts comme si une conscience politique unanime en était issue et que plus rien ne serait comme avant. Mais des discours du « plus jamais ça » avaient ponctué la canicule de 2013, les feux de 2022 et rien n’avait suivi. Les choix budgétaires conduisent au démantèlement de l’ONF, et le sacrosaint droit de propriété empêche une gestion durable et sûre de la forêt française.

 

Présentée comme environnementale, mais en fait problème majeur de santé publique, la question des pesticides voit des agriculteurs, du moins leurs organisations patronales majoritaires et parfois leurs coopératives, dopés aux concepts de productivité et de compétitivité concurrentielle, qui soutiennent des textes comme la loi Duplomb qui représentent à court terme leur mise en danger, voire leur mort, et celles de leur enfants et voisins.

 

Quelle transition « lente et graduelle » dans ces situations ? C’est une rupture qui s’impose.

 

Quelle transition sociale ?

 

Depuis la vague libérale qui a déferlé depuis les années 70/80 du siècle dernier, la démocratie sociale, celle de « l’esprit de Philadelphie » avec la Conférence de l’OIT de 1944 et du préambule de la Constitution de 1946, est progressivement, parfois brutalement, démantelée.

 

Ces derniers jours, les conclusions de la « conférence TER » (pour travail, emploi, retraites) sont significatives des tendances les plus régressives en la matière. La Sécurité sociale étatisée se décharge sur les mutuelles dans le même temps où elle solvabilise les sociétés financières œuvrant dans les champs de la santé et du médicament.

 

Ici le « lent et graduel » agit contre les intérêts de la grande masse de la population, celle dont se réclame, à juste titre, l’ESS.

 

Quant à la transition numérique, les progrès exceptionnels que les nouvelles puissances de calcul pourraient apporter (et apportent dans une certaine mesure) à la médecine et au développement humain, paraissent pour l’heure confisqués par un cartel aux visées financières.

 

Il y a donc urgence de rupture.

 

La démarche entreprise par ESS-France en direction des politiques, dans une année que beaucoup présentent comme l’année de tous les dangers, notamment démocratiques est plus que nécessaire.

 

Mais parce que « la démocratie n’est pas [que]l’élection », pour reprendre le titre d’un essai récent d’Edwy Plenel, et que la démocratie sociale est tout autant en cause aujourd’hui, une démarche analogue devrait être conduite en direction des organisations syndicales.

 

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