Organisations
Réaffirmer la force et la nécessité de l’Économie Collective
Chaque jour amène son lot de surprises, de nouveautés ou de désillusions.
L’été qui s’achève n’en a pas été dépourvu, qu’il s’agisse du plan climatique, social, culturel ou géopolitique. Entre les vagues de chaleur à répétition, l’annonce de plans d’austérité successifs pour tenter de juguler la dette d’un pays au bord du gouffre financier, l’érosion continue du pouvoir d’achat, le renoncement ou l’abandon de nombreuses manifestations culturelles, l'émergence de programmes politiques ancrés dans la peur et le rejet de l’autre, ou encore la multiplication de conflits armés sur presque tous les continents — nourris par la volonté d’affirmation hégémonique d’empires politiques —, cette rentrée de septembre nous laisse pantois.
Face à ce paysage morcelé, un constat s'impose : il est urgent de nous regrouper pour mener ensemble les actions nécessaires afin de retrouver de la cohésion, rétablir la pratique de projets communs et garantir le respect de tous et de chacun.
Que faire dans ce monde en déshérence ? Quelles solutions proposer, quelles actions communes mener, quels liens retisser ?
Autant de questions fondamentales qui ne sauraient trouver de réponses isolées et qui exigent que nous agissions davantage ensemble.
Plus que jamais, les décisions prises par les détenteurs du pouvoir politique et économique impactent directement la vie quotidienne des citoyens. Pourtant, ces derniers se sentent de plus en plus ignorés. Les affrontements politiciens se traduisent trop souvent par des décisions unilatérales et contingentes, dont le poids retombe en premier lieu sur les plus vulnérables.
Le rééquilibrage social — dans lequel les disparités seraient réduites et où chaque individu disposerait des moyens d’une vie harmonieuse, équitable et digne — ressemble aujourd’hui à un vœu pieux. La fracture continue de se creuser inexorablement, plongeant une majorité de la population dans l'incertitude du lendemain, pendant que les politiques publiques s'éloignent de la réalité du terrain.
Face à l'urgence écologique et à la précarisation systémique, l'action publique semble piégée dans une gestion de crise permanente au coup par coup, incapable de porter une vision d'avenir soutenable, juste et fédératrice. Pourtant, la résignation ne peut pas être une option. C’est précisément au cœur de ces ruptures que la société civile doit reprendre l'initiative.
Retisser les liens sociaux commence à l'échelle locale et au plus près des territoires : en réinvestissant la vie associative, en soutenant la création et l'accès à la culture sous toutes ses formes, et en créant des espaces de dialogue citoyen affranchis des postures idéologiques.
Reconstruire une cohésion durable exige de replacer l'humain, la solidarité et l'intérêt général au centre absolu de nos priorités.
Seule une mobilisation collective, consciente et déterminée permettra de dépasser le sentiment d'impuissance et de transformer ces constats amers en un levier d'action et de transformation concrète.
C'est dans cette dynamique et cet esprit de responsabilité que s'inscrit l'action du CIRIEC-France. Le nouveau bureau de notre organisation, élu le 10 septembre, s’engage pleinement dans ce chantier ambitieux. Il s'inscrira dans la continuité des travaux menés depuis plusieurs années par l’équipe précédente, sous la houlette éclairée de son président Alain Arnaud.
En tant que nouveau président, j’aurai à cœur de poursuivre et d'amplifier l’action du CIRIEC en tant que passeur, transmetteur de savoirs et d’expériences à destination des décideurs politiques, des collectivités et des organisations intermédiaires.
Cette ambition reste fidèle à la vision des pères fondateurs de notre mouvement : Edgard Milhaud au plan international et Léon Jouhaux au plan national, qui voyaient dans la connaissance et l'expérimentation les moteurs du progrès social.
Le CIRIEC-France veut apporter sa pierre à l’édifice pour la défense et la promotion d’une autre forme d’économie : l’économie collective. Nous avons la conviction profonde que l’économie publique et l’économie sociale ne doivent plus évoluer en silos, mais construire ensemble des alternatives solides, durables et crédibles, tant au niveau national que dans le cœur des territoires.
La raison d’être et le cœur de métier du CIRIEC restent ainsi la recherche, l'analyse et la diffusion de l'information autour des modèles économiques et sociaux au service de l’intérêt général.
Cette mission s'incarne dans le rapprochement continu entre économie sociale et économie publique, en conjuguant la rigueur de la recherche académique avec la richesse des expériences de terrain portées par les acteurs publics et ceux de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).
Plus que jamais, le CIRIEC entend occuper toute sa place pour accomplir sa mission fondamentale : « la promotion de la réflexion et de l’action pour le développement des initiatives d’économie publique, sociale et coopérative ».
Pour traduire ces orientations en actions concrètes, le Conseil d’Administration a adopté une nouvelle feuille de route pour les trois années à venir. Elle s’inscrit dans la continuité de nos engagements récents, tant à l'échelle nationale qu’à travers notre contribution active aux travaux du CIRIEC International.
Pour la période 2026-2029, nos travaux et nos prises de parole s'articuleront autour de quatre axes majeurs, pensés en prise directe avec la situation économique, écologique, politique et sociale de la France et du monde :
- Consolider la place du CIRIEC-France dans l’écosystème de l’économie
- Refonder un nouveau récit de l'économie d'intérêt collectif et agir pour l’éducation économique
- Promouvoir la démocratisation économique et la culture citoyenne
- Accompagner les transitions écologiques, numériques et financières
Ensemble, chercheurs, acteurs de l'ESS, décideurs publics et citoyens, nous avons la capacité d'opposer à la résignation la force des projets collectifs.