L’Asie, un acteur central des transformations mondiales actuelles
Jean-Marie Mercadal, Directeur Général de SYNCICAP AM, fait le bilan des principaux éléments marquants de l'année 2025, ce qui pourra nourrir les réflexions sur les perspectives 2026
En dépit de la guerre commerciale avec les États-Unis, les exportations chinoises vont atteindre leur plus haut niveau historique en volume en 2025.
L’excédent commercial de la Chine pourrait ainsi dépasser 1 000 milliards de dollars cette année !
Les entreprises chinoises gagnent des parts de marché, notamment dans les pays hors OCDE qui représentent désormais plus de 50 % des exportations du pays. Un rééquilibrage de l’économie vers la consommation domestique est désormais souhaité par le gouvernement.?
L’année 2025 a révélé deux dynamiques majeures qui redessinent les équilibres politiques et économiques mondiaux : d’une part, la montée en puissance de blocs régionaux et, d’autre part, l’irruption de l’Intelligence Artificielle (IA). L’Asie est au cœur de ces deux dynamiques.
Ces derniers mois, nous avons le sentiment que le monde évolue vers une structure multipolaire, où l’Asie - avec la Chine en tête - s’impose comme un acteur central.
Les performances des marchés financiers asiatiques en 2025 semblent illustrer cette nouvelle dynamique.
Les flux d’investissement internationaux sont revenus et les performances sont positives : en dollars, les actions chinoises ont progressé de 20 % à 30 % selon les indices depuis le début de l’année, celles des autres pays asiatiques (hors Chine) d’environ 15 %, tandis que la Corée du Sud s’est distinguée comme le marché le plus performant au monde, avec une hausse spectaculaire de près de 75 %.
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis a agi comme un accélérateur de cette transformation. Son style diplomatique contribue à affaiblir les institutions multilatérales traditionnelles (ONU, G7, G20…), au profit de négociations bilatérales et de sommets régionaux.
Dans ce contexte géopolitique nouveau, et malgré des défis internes persistants, la Chine s’est imposée en 2025 comme un acteur incontournable. Ses négociations avec Washington illustrent une stratégie claire, déterminée et assurée, marquant une rupture avec les postures plus prudentes du passé. La Chine apparait aujourd’hui confiante dans ses capacités industrielles et technologiques.
Le label « Made in China » a en effet profondément évolué et les investisseurs viennent d’en prendre réellement conscience. Les produits chinois - voitures électriques, smartphones, drones, robots, machines-outils, électroménager… - se distinguent désormais par leur qualité innovatrice et leurs prix très compétitifs.
Même dans le domaine stratégique des semi-conducteurs avancés, où un retard subsiste, les investissements massifs engagés laissent entrevoir un rattrapage rapide.
L’image de la Chine s’est donc considérablement modernisée et le « Soft Power » chinois progresse, particulièrement chez les jeunes générations. Le pays a désormais une image plus attractive : il projette un récit de progrès et de modernisation, et apparaît également comme un pôle de stabilité face à
une forme d’impulsivité américaine. Ce rayonnement culturel nouveau va modifier les habitudes de consommation en Chine où les marques internationales ne sont plus aussi bien considérées, notamment les marques américaines.
L’autre grand bouleversement de 2025 est l’explosion de l’Intelligence Artificielle, qui transforme à la fois le monde de l’entreprise et le quotidien des citoyens.
Les progrès sont si rapides et spectaculaires, les champs d’application si vastes que les valeurs technologiques liées à l’IA ont connu une envolée boursière, avec en tête Nvidia*, première entreprise à franchir le cap des 5 000 milliards de dollars de capitalisation. L’Asie joue un rôle de premier plan dans cette révolution.
Des entreprises comme TSMC* (Taïwan), Samsung* et SK Hynix* (Corée du Sud) sont au cœur de la chaîne de valeur mondiale, produisant les semi-conducteurs et mémoires à large bande passante indispensables aux accélérateurs d’IA comme les Graphic Processing Units de
Nvidia*.
Des géants comme Alibaba* et Tencent* intègrent l’IA dans leurs services - e-commerce, jeux, réseaux sociaux - tout en investissant massivement dans les infrastructures cloud pour soutenir le développement de modèles d’IA à grande échelle.
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2026 : retour vers le futur
Eric BERTRAND, Directeur Général Délégué, Directeur des gestions chez OFI Invest AM livre ses réflexions en ce début d'année....
2025 s’achève et, avec elle, la première année du second mandat de Donald- Trump qui bouleverse de nombreux équilibres mondiaux établis de longue date : règles du commerce mondial, équilibres géopolitiques, gouvernance voire alliance entre les blocs. La performance des actifs risqués est très satisfaisante au vu des événements de l’année écoulée et témoigne de la résilience des fondamentaux économiques qui ont servi de boussole aux marchés, avec comme corollaire la disparition progressive des primes de risque dans la valorisation des actifs.
L’année 2026 devrait continuer d’être rythmée par les grands thèmes qui ont animé 2025 : les actions de l’imprévisible président américain dont l’hubris devient inquiétant, le cycle des Banques Centrales, la vague de l’Intelligence Artificielle et la géopolitique avec l’Ukraine, le Moyen-Orient, l’avenir de l’alliance Atlantique bien sûr, mais aussi les tensions entre les États-Unis et la Chine qui semblent s’enfermer tout doucement dans le piège de Thucydide.
Malgré les risques, nous pensons que les marchés continueront de se concentrer sur les fondamentaux : la croissance, l’inflation et les résultats des entreprises avec toujours aussi peu de prime de risque. Dans ce contexte, nous prévoyons une croissance mondiale autour de 3,0 % avec des États-Unis résilients à 2,3 % et une zone Euro en modeste amélioration à 1,4 %. Cette croissance sera - à nouveau - portée par des dépenses budgétaires significatives aux États-Unis ou le plan de relance allemand en zone Euro. L’inflation, quant à elle, devrait rester sous contrôle en zone Euro et continuer de modestement décroître aux États-Unis.
La Fed devrait encore modestement assouplir à une ou deux reprises sa politique monétaire, la BCE de son côté semble à son niveau d’équilibre pour l’année à venir. Les taux longs nous semblent correctement valorisés dans ce contexte et nous les intégrons en portefeuille pour leur composante portage et leur aspect défensif en cas de « Fly-to-Quality »(1). Le niveau d’endettement des États ou une perte de confiance dans la maîtrise de leurs dépenses pourraient toutefois impacter les taux à la hausse, en particulier les parties longues des courbes. Le segment obligataire d’entreprise devrait rester cher en 2026 et sera principalement impacté par les variations de taux, nous le considérons sur des aspects de portage.
Enfin, après trois années de hausses, les marché actions se sont renchéris en termes de multiples et nous semblent désormais présenter des valorisations élevées, en particulier aux États-Unis. Néanmoins, compte tenu des bénéfices attendus pour 2026 dans un environnement de croissance solide et de politique monétaire stable, voire plus accommodante, nous pensons que les marchés actions devraient réaliser des performances comparables à la croissance attendue des résultats. Cela nous conduit à nous surpondérer sur les différents marchés.
Les risques restent présents, notamment une possible correction sur l’Intelligence Artificielle mais nous ne la voyons pas se matérialiser à court terme compte tenu de la visibilité sur les investissements et leurs financements.
Autre risque pour les marchés, plus « primitif », celui d’un trop grand consensus des prévisionnistes sur ce sujet en début d’année