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13 / 03 / 2026 | 12 vues
Alain Arnaud / Abonné
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Vite, changeons le modèle !

Nous sommes entrés à nouveau dans une période d’élections, les municipales dans quelques jours, les sénatoriales dans six mois, l’élection présidentielle en 2027. C’est donc une période propice aux débats et aux propositions politiques pour l’avenir de notre pays, confronté à des difficultés économiques, sociales et démocratiques, mais aussi aux enjeux liés aux transitions en cours.

 

Les attentes de changement de nos concitoyens sont fortes car les besoins sont importants et les défis sont immenses.

 

Pour ne citer que les plus essentielles : un emploi et des conditions de vie décentes, un système de soins accessible, plus d’écoute et de participation citoyenne, une sécurité intérieure et désormais extérieure, la paix dans le monde, sur fond de contexte international qui se dégrade, aux plans politique et environnemental.

 

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, notre pays avait réussi à bâtir dans une économie de marché un modèle responsable, redistributeur, solidaire et laïque, garant d’une protection pour tous et plus particulièrement pour les plus faibles et les plus démunis. Il s’est appuyé pour cela sur trois piliers, une expansion économique soutenue par de grandes entreprises publiques et des initiatives privées entreprenantes, une Sécurité Sociale efficace et un service public assumé par des agents publics loyaux et soucieux de l’intérêt général. C’était la période des Trente Glorieuses.

 

Aujourd’hui, la croissance économique est en berne, les consciences sont réveillées par l’amer constat que notre souveraineté industrielle est compromise, la Sécurité Sociale et le service public sont sérieusement malmenés car d’une part ces deux institutions n’ont plus les moyens d’assurer leur vocation fondamentale, celle de répondre aux besoins de la population, et d’autre part elles sont agressées, disons le mot, par des tenants de la doxa néolibérale qui considèrent qu’elles sont les causes principales des déficits publics et de l’endettement du pays.

 

Dans le même temps le protectionnisme et la guerre commerciale sont de retour dans le monde, les institutions internationales garantes de la paix et de la démocratie sont affaiblies sous l’effet des tensions géopolitiques, et sont à l’œuvre des conceptions d’organisation de la société qui stimulent l’individualisme et le consumérisme, promeuvent l’autoritarisme et donnent libre cours au retour de dangereux obscurantismes.

 

La loi du plus fort devient la loi dominante sur notre planète. Alors oui, il faut du changement, mais quel changement ?

 

Il est grand temps d’admettre que le système économique qui gère le monde depuis cinquante ans répartit de moins en moins équitablement la création de valeur, captée de façon exponentielle et outrancière par les géants mondiaux du numérique, tandis que la transition digitale modifie en profondeur le rapport capital/travail et la structure des emplois.

 

Il en résulte une distorsion grandissante entre fruits de la croissance économique et financement des activités d’intérêt collectif, services publics - protection sociale - environnement… Par ailleurs, les impôts et taxes, les diverses contributions et cotisations privées versées aux organismes de protection et d’accompagnement ont atteint leur limite d’acceptabilité.

 

Nous sommes tombés dans un cercle vicieux dont il est indispensable de sortir faute de quoi les maux dont souffre notre société ne feront qu’empirer, et il ne faut pas s’étonner que la démocratie soit compromise faute de solutions aux problèmes.

 

Pour cela quelques orientations semblent nécessaires :

 

- Commencer par redonner à la société un sens politique inspiré de la philosophie des Lumières, pour qu’elle redevienne une société de la raison, de la connaissance, de la liberté de pensée et de la participation à l’exercice du pouvoir, toutes notions combattues aujourd’hui par le courant néoréactionnaire des « Lumières sombres » qui se développe aux Etats-Unis et ailleurs, soutenu de façon inquiétante par plusieurs milliardaires de la technologie numérique ;

 

- Faire évoluer les pratiques politiques vers un Etat régulateur, anticipateur et organisateur, et non plus centralisateur, faisant confiance aux collectivités territoriales, aux organes de la société civile, et à tous acteurs des corps intermédiaires qui s’impliquent pour l’intérêt général. Il est devenu indispensable de créer les conditions d’une réappropriation des institutions politiques par nos concitoyens, car il est préoccupant de noter que selon le dernier baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, 78% des français n’ont pas confiance dans la politique en général, et seulement 20% font confiance à l’Assemblée Nationale.

 

Cela pose bien évidemment la question de la démocratie représentative au niveau national, là où se construit le cadre législatif censé organiser le fonctionnement de la société et l’avenir du pays.

 

En revanche, 58% de nos concitoyens font confiance à leur conseil municipal et c’est une bonne nouvelle !

 

- Consolider l’Europe car il est plus que jamais indispensable d’avoir un rapport de force opposable pour garantir la souveraineté des états européens dans le contexte géopolitique d’aujourd’hui ;

 

- Mutualiser et coopérer au plan territorial pour améliorer le service de l’intérêt collectif, dans un contexte de raréfaction des ressources mais aussi d’accroissement des attentes des populations. Une collaboration intelligente entre collectivités locales et acteurs de l’ESS est une bonne solution pour satisfaire les besoins sociaux ;

 

- Promouvoir une nouvelle économie politique avec l’ESS, modèle qui place la performance économique au service de l'humain, et qui depuis des années fait preuve de sa résilience et montre ses bons résultats économiques et sociaux ;

 

- Faire des principes de l’ESS des critères de référence pour l’entreprise classique, en terme de gouvernance, de partage de la valeur créée, de respect du bien commun.

 

Tous ces sujets constituent des thèmes de recherche du CIRIEC-France, passés ou à venir, et concrétisent son engagement depuis 76 ans de développer la recherche académique et l’information sur les modèles économiques qui ont pour vocation l’intérêt collectif dans la cité.

 

Alors oui, changeons de modèle, politique et économique, notre société en a bien besoin.

 

« Prendre soin du monde : la contribution essentielle de l’économie sociale et des entreprises » sera le thème du 35ème Congrès international du CIRIEC du 5 au 8 octobre 2026 à Montréal.

 

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