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04 / 09 / 2026 | 5 vues
Kevin Lafon / Membre
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Clubs de jeux parisiens: Casino sans le dire !

L’utilisation du terme « casino » durant un mois par le groupe Partouche pour promouvoir son club de jeux parisien n’a rien d’anodin. Au-delà de la polémique, cet épisode révèle une stratégie plus large qui interroge l’évolution du modèle des clubs de jeux et la frontière qui les sépare encore des casinos *

 

En mai dernier , le groupe Partouche inaugurait son établissement parisien sous l’enseigne Partouche Casino Club. À cette occasion, tapis rouge, influenceurs, projecteurs, et le mot Casino affiché en lettres capitales avenue de la Grande Armée.


A Paris, précisément, où ce mot est interdit depuis 1920. Un mois plus tard, sous la pression de la DLPAJ (1) , le Casino Club est devenu le Pasino Club.  Un c effacé, un p discrètement glissé à sa place.

 

Sur les Champs-Élysées, le Groupe Barrière qui avait, lui aussi, fait figurer ipso facto le mot casino sur sa devanture vient de le retirer, sans communiqué, sans explication publique. Il s’agit, soit dit en passant, de la troisième identité en six ans sur la même façade.


Ici, on joue… avec les mots


La DLPAJ a été claire dans son récent courrier : l’usage du terme casino sur les supports de communication est « de nature à créer une confusion et à laisser penser aux joueurs, à tort, qu’un assouplissement de l’interdiction d’exploitation de casino à Paris serait intervenu ». Retrait sans délai, compte rendu exigé.

 

Dont acte, le Droit a réagi

 

Mais il a fallu attendre l’inauguration, la couverture médiatique et certains questionnements intervenus en coulisses pour qu’il le fasse. Entre le moment où le dossier d’autorisation a été déposé et celui où l’établissement a ouvert ses portes, la réglementation applicable n’avait pas évolué.


Pourtant, à aucune étape de la procédure, il a été remarqué que le nom commercial choisi enfreignait une interdiction en vigueur depuis un siècle.


Ce que ce glissement cache vraiment


La frontière entre club et casino n’est pas qu’une querelle sémantique. Elle entraîne des conséquences économiques directes pour les communes, les territoires et les salariés. Les casinos fonctionnent dans le cadre de délégations de service public : des communes impliquées, des cahiers des charges, des contraintes locales, des prélèvements, des emplois, des obligations, des biens de retour en fin de concession. Un équilibre construit sur des décennies et des milliers d’emplois qui en dépendent directement.


Les clubs de jeux parisiens reposent, eux, sur une logique différente : des contraintes moindres, des obligations allégées, une fiscalité distincte, et nous ne listons ici que des faits juridiques ! Si demain ce modèle devait s’étendre ou concurrencer frontalement celui des casinos traditionnels, quels seraient alors le rôle et la place des communes ? Quid des délégations de service public ? Quel rôle dévolu aux maires, aujourd’hui parties prenantes essentielles de l’équilibre du secteur ? Et surtout : à qui profiterait réellement cette transformation ?


Aux salariés ? Aux collectivités ? Aux territoires ?

 

Non, aux grands groupes, qui pourraient exploiter des établissements de jeux en contournant progressivement les contraintes historiques du modèle casino, et en expurgeant le pan juridique contraignant.


La logique du fait accompli


La méthode est connue : avancer par étapes. Tester les limites, installer de nouveaux usages, puis adapter les règles lorsque le terrain est déjà préparé. Pendant un mois, le terme « casino » a été affiché au coeur de Paris, largement relayé par les médias et sur les réseaux sociaux.


Même retiré par la suite, il a contribué à installer dans l’opinion l’idée qu’un casino pouvait exister dans la capitale. La controverse a effectué le travail qu’aucun budget publicitaire n’aurait financé, puis le retrait du mot casino a clos le grief juridique.


La dynamique, quant à elle, subsiste. Hier, le Blackjack. Demain, la roulette anglaise. Après-demain, les jeux électroniques ?


Les machines à sous, l’arme que les casinos possèdent et que les clubs n’ont pas encore, et que certains groupes maîtrisent mieux que quiconque ?


Quand c’est flou…


Que veut-on vraiment ?

Des clubs de jeux partout en France, sans concession municipale, sans casino officiellement déclaré,
mais avec exactement les mêmes effets économiques qu’un casino ? Encore une fois, c’est la logique du fait accompli qui prédomine, même si cette logique a un coût. Un coût pour les communes qui
perdent des recettes et des leviers. Un coût pour les salariés des casinos traditionnels, dont le modèle d’emploi est directement menacé par une concurrence opérant sous des règles moins contraignantes. Un coût pour les représentants du personnel, qui se retrouveraient à négocier dans un secteur dont les frontières auraient été discrètement redéfinies sans eux.


La position de notre syndicat


La Section Casinos & Clubs de Jeux FO n’est pas opposée à l’encadrement des clubs de jeux parisiens, et pas davantage à la défense des emplois qui y sont liés.


Les salariés de ces établissements ont les mêmes droits que les autres, et nous les défendons déjà au quotidien. Cependant, nous refusons que le modèle des casinos français soit progressivement
vidé de sa substance par petites touches, sans débat public, sans clarification réglementaire, et sans protection sérieuse des salariés comme des collectivités.


Nous demandons par conséquent aux autorités compétentes de prendre position publiquement sur la frontière réglementaire entre clubs de jeux et casinos, et de la faire respecter à tous les stades de la procédure : avant l’inauguration, pas après.

Nous demandons également que les communes, les élus et les organisations syndicales soient associés
à toute évolution de ce cadre : avant les décisions, pas après .

 

Quand les mots changent, les règles suivent. Quand les règles changent sans qu’on le dise franchement, ce sont rarement les salariés et les territoires qui gagnent la partie. Cette fois, nous avons choisi de le dire avant.

 

(1). Direction des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur.

 

* Clubs de jeux : où est la frontière avec les casinos ?


Les clubs de jeux parisiens ont été autorisés pour lutter contre le jeu illégal issu des anciens cercles. Leur cadre est strict : pas de machines à sous, pas de roulette et pas de jeux électroniques.


Sept clubs fonctionnent aujourd’hui dans ce dispositif, pérennisé en 2026.


Sur le papier, un club de jeux n’est pas un casino. Mais dans les faits, certains établissements en adoptent de plus en plus les codes : communication, clientèle, exploitation par des groupes casinotiers et ambitions de développement.


Le débat est d’autant plus vif que l’éventuelle arrivée de la roulette anglaise dans les clubs parisiens est désormais évoquée publiquement, et que des formations de croupiers de roulette seraient déjà organisées.


Or, la roulette a toujours constitué la frontière historique entre clubs de jeux et casinos. À force de déplacer cette frontière, la distinction entre les deux modèles risque de devenir de plus en plus floue.

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