Organisations
Métiers du soin : les associations offrent de meilleures conditions d'emploi que le privé à but lucratif
C'est le sujet abordé par la dernière note "Connaissance de l'Emploi " du Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET) par Simon Cottin-Marx (Cnam, Lise (UMR 3320) et Malo Mofakhami (Université Sorbonne Paris Nord, IFRJ, Iris et Cnam, CEET)
Ces dernières années, plusieurs enquêtes journalistiques et administratives ont pointé les conditions conditions d'emploi et de travail dégradées dans les EHPAD et les crèches privées à but lucratif. Dans le même temps, des travaux universitaires mettent en lumière le caractère atypique du salariat au sein des associations employeuses, notamment en comparaison aux entreprises du privé à but lucratif. Ces analyses conduisent à s'interroger sur les liens entre statut juridique de l'employeur et conditions d'emploi.
Pour éclaircir ces liens, ce dernier numéro de Connaissance de l'emploi (*) compare trois secteurs professionnels du domaine du soin :
- crèches,
- aide à domicile
- et hébergement pour personnes âgées dépendantes - EHPAD)
à partir des données administratives d'emploi (DSN).
L'étude des conditions d'emploi de travailleurs·euses de terrain, c'est-à-dire en contact direct avec les usager·es de ces organismes, fait apparaître que celles-ci sont meilleures dans les associations que dans les entreprises privées à but lucratif.
La comparaison des trois secteurs met en évidence des écarts entre le privé à but lucratif et le privé à but non lucratif. Elle fait également apparaître une situation qui peut sembler paradoxale.
Les structures lucratives semblent offrir des formes d’emploi a priori plus favorables : elles affichent systématiquement des taux d’emploi à temps plein plus élevés (de +3 à +15 points de % selon les secteurs) et des taux de CDI plus élevés qui pourraient laisser penser à une plus grande stabilité professionnelle.
Pourtant, ces indicateurs « formels » ne se traduisent pas par de meilleures rémunérations annuelles ni par des trajectoires professionnelles plus sécurisées pour les salarié·es.
L’étude des données révèle que les entreprises privées à but lucratif se caractérisent par un modèle d’emploi globalement moins disant par rapport aux associations employeuses.
L’analyse statistique montre que le volume d’heures effectivement travaillées dans le privé à but lucratif est significativement plus faible que dans le privé à but non lucratif, tant pour les salarié·es à temps partiel que pour celles et ceux à temps plein. Cette situation s’explique par la durée effective des contrats, qui sont
nettement plus courts dans les entreprises lucratives.
Le turnover y est plus prononcé, avec une durée moyenne en emploi (sur l’année) de 123 à 185 jours contre 174 à 230 jours dans le privé non lucratif.