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Prix négatifs de l’électricité ; Un signal d’alarme pour le système énergétique français
Le 1er mai 2026 restera une date marquante pour le système électrique européen : le prix du mégawattheure (MWh) a atteint le niveau historique de –500 €/MWh en France.
Quelques jours auparavant, les prix avaient déjà chuté à –478,80 €/MWh sur le marché européen.
Autrement dit, les producteurs d’électricité ont dû payer pour écouler leur production. Une situation autrefois exceptionnelle qui devient désormais fréquente. Selon Epex, la France a déjà connu 209 heures de prix négatifs sur les quatre premiers mois de 2026, soit deux fois plus qu’en 2024 et 2025 à la même période. En avril, les prix ont été négatifs près de 19 % du temps.
Plus inquiétant encore : des journées entières affichent désormais un prix moyen inférieur à zéro! Cette situation s’explique principalement par le développement massif des énergies renouvelables intermittentes, notamment du solaire.
Lors des journées très ensoleillées, la production explose au même moment dans plusieurs pays européens, créant une surabondance d’électricité impossible à stocker à grande échelle. Résultat : les signaux économiques sont bouleversés.
Les heures traditionnellement «pleines » deviennent parfois moins chères que les heures creuses, tandis que les écarts de prix atteignent plusieurs centaines d’euros sur une seule journée. Face à cette instabilité croissante, EDF et ses salariés jouent un rôle central pour préserver l’équilibre du réseau électrique français.
Pour éviter des incidents majeurs ou des risques de black-out, RTE peut désormais imposer le maintien en fonctionnement de certains réacteurs nucléaires afin de stabiliser le système électrique. EDF adapte également en permanence ses moyens de production avec la modulation des centrales, les arrêts rapides des parcs renouvelables, la gestion des maintenances ou encore la mobilisation des capacités hydrauliques et des outils de flexibilité.
Aujourd’hui, la priorité n’est plus seulement de produire davantage d’électricité renouvelable, mais de produire une électricité adaptée aux besoins réels du réseau et de la consommation.
Depuis plusieurs années, les politiques énergétiques européennes ont conduit à une multiplication des capacités de production intermittentes sans adaptation suffisante des infrastructures, du stockage ou des mécanismes de régulation. Cette évolution fragilise progressivement le modèle énergétique français historiquement fondé sur un mix pilotable, décarboné et garantissant une électricité parmi les moins chères d’Europe.
Le nucléaire et l’hydraulique restent les piliers de la stabilité.
Cette crise remet surtout en lumière le rôle essentiel des moyens pilotables comme le nucléaire et l’hydroélectricité.
L’hydraulique apporte notamment une flexibilité essentielle pour compenser les variations brutales des productions intermittentes.
Quant au nucléaire, il demeure un pilier de la souveraineté énergétique française, même si les modulations répétées imposées aux centrales accélèrent leur usure.
Les épisodes récents montrent également les limites du marché européen de l’électricité. Au printemps 2026, plusieurs épisodes de surproduction solaire allemande ont provoqué des transferts massifs d’électricité vers les pays voisins, y compris vers la France pourtant déjà excédentaire. EDF a alors dû réduire fortement sa production nucléaire tout en subissant des pertes financières importantes.
Pour nous, cette situation doit servir d’alerte.
Il devient urgent :
- de redonner la priorité à la stabilité du système électrique;
- de protéger les outils industriels stratégiques d’EDF;
- de préserver les capacités nucléaires et hydrauliques ;
- d’adapter le développement des énergies renouvelables aux besoins réels du réseau;
- de défendre une politique énergétique cohérente, pilotable et socialement soutenable.
L’électricité n’est pas une marchandise comme les autres.
Derrière ces prix négatifs historiques se jouent :
- l’avenir industriel d’EDF;
- la souveraineté énergétique de la France;
- les emplois du secteur;
- et, au final, le pouvoir d’achat des ménages.
Il est désormais urgent de repenser l’organisation du système électrique européen afin de garantir un modèle stable, pilotable et économiquement soutenable pour les salariés comme pour l’ensemble des usagers.