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02 / 07 / 2026 | 15 vues
Rodolphe Helderlé / Journaliste
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Direct absentéisme

Absentéisme : se donner les moyens d’agir sans stigmatiser

Retour sur le direct organisé le 18 juin par Miroir Social en partenariat avec AXA Santé & Collectives




Cet échange visait à répondre à un enjeu partagé par tous les acteurs de l’entreprise : comment agir efficacement contre l’absentéisme en s’appuyant sur des données objectives pour mieux comprendre les évolutions en cours et identifier les leviers de prévention dans une logique de dialogue social. Il a permis de mettre en perspective les tendances observées dans le Datascope 2026, ainsi que les retours d’expérience de la DRH et d’un élu CFE-CGC du groupe Vulcain. 


Depuis 2019, AXA Santé & Collectives présente le Datascope, Baromètre de la vie au travail, sur la base des données anonymisées issues des situations d'absentéisme de ses 3 millions entreprises clientes et des 30 000 certificats médicaux digitaux transmis par les assurés. Le Data Map permet aux entreprises de comparer leurs données avec celles de leur secteur et de les analyser.
 

“Il y a sept ou huit ans, l'idée même de partager les données de sinistralité que nous détenons en tant qu'assureur s'est heurtée à une méfiance forte sur les usages. Aujourd'hui, c'est l'inverse : les syndicats demandent comment y accéder, et les entreprises clientes utilisent le Data Map pour se comparer à leur branche et suivre leurs évolutions site par site. Délégués syndicaux et élus du CSE y trouvent une confirmation factuelle de ce qu'ils perçoivent sur le terrain, une base solide pour le dialogue social”, souligne Sophie Mandelbaum, Responsable des relations externes avec les partenaires sociaux.
 

Ce que révèlent les chiffres du Datascope 2026 : arrêts longs, RPS, et convergence cadres/non-cadres

Sortir du débat centré sur les « abus » pour repenser l’absentéisme  

La presse s'est emparée du chiffre de +50% d'absentéisme depuis 2019 en pointant d'abord la fraude. Ce n'est pas le bon angle. Sur notre portefeuille de prévoyance collective — 3 millions de salariés du privé — la part des abus est stable dans le temps. 80% des dossiers d'incapacité/invalidité ne donnent lieu à aucune expertise médicale. Sur les 20% restants qui font l'objet d'une expertise, seuls 4 à 5% aboutissent à une cessation des prestations. Et rappelons que nous intervenons uniquement au-delà d'une franchise de 60 jours : on ne parle pas d'arrêts pour grippe. Focaliser le débat sur la fraude empêche de voir ce qui se passe vraiment”, considère Yves Hérault, directeur Data chez Axa Santé & Collectives.



Les tendances observées mettent plutôt en évidence plusieurs évolutions de fond :
 

  • La progression des arrêts très longs
  • La convergence des niveaux d’absentéisme entre cadres et non-cadres : un signal d'alerte
  • La place croissante des risques psychosociaux (RPS) désormais devant les troubles musculosquelettique (TMS) : une bascule structurelle depuis 2021

L’exemple de Vulcain Services : faire de la prévention un sujet collectif

Vulcain Services est une entité du groupe Vulcain Engineering accompagne 1200 consultants en mission dans des entreprises clientes 


Des indicateurs partagés, qui ne restent pas réservés à la RH


Les indicateurs suivis chez Vulcain vont au-delà du simple taux d'absentéisme. L'accidentologie (taux de fréquence et de gravité des accidents du travail et de trajet) est mesurée mensuellement. Un baromètre de satisfaction interne est adressé à chaque collaborateur mensuellement afin de mesurer leur niveau de satisfaction concernant leur mission et leur relation avec leur manager. Les résultats sont partagés avec les équipes et publiés en interne tous les trois mois pour favoriser une lecture collective des enjeux. 
 

La santé mentale comme priorité de prévention


“Dans un métier où les consultants sont placés chez des clients, ils peuvent être exposés à l'isolement, aux périodes d'intercontrat, aux incivilités ou encore à de multiples pressions : la santé mentale est une priorité de prévention”, souligne France Desnouveaux, DRH de Vulcain Engineering.


L'approche repose sur la notion de « santé durable » avec une dizaine de sensibilisations organisées chaque année pour l'ensemble des collaborateurs, co-construites avec des cabinets externes, la médecine du travail, des préventeurs et des psychologues. Parmi les sujets traités : gestion des incivilités, sommeil, prévention des RPS, prévention du harcèlement.


Une gouvernance interne associant direction, managers et représentants du personnel


La démarche santé repose sur trois niveaux complémentaires :
 

  • Le pôle santé (composé de 4 personnes : 2 RH + 2 QHSE), formé à la gestion de situations critiques — de l'AVC au burn-out — accompagne les situations nécessitant une intervention rapide.
  • Le comité santé (RH, QHSE, managers) analyse les arrêts de travail, travaille sur des mesures correctives et propose des plans d'action.
  • La CSSCT reçoit le compte rendu du comité santé en amont de chaque réunion afin de challenger les propositions avec le regard des élus.


Ce triptyque fonctionne sur un rythme trimestriel. Il est délibérément transparent : les opinions peuvent diverger entre Direction et élus, et c'est précisément ce dialogue qui enrichit les réponses.


Le contrôle des arrêts de travail, un outil de réorientation


Avec l’accord du CSE, Vulcain Services a choisi de réaliser des contrôles de visites médicales sur une minorité de cas.  Il a été constaté que certains collaborateurs utilisaient l'arrêt de travail pour gérer des situations personnelles, faute parfois de connaître les dispositifs existants. L’occasion de communiquer davantage sur l’aide aux aidants, l'accord agréé sur le handicap, le congé paternité supplémentaire. 
 

Taux d'Absentéisme : 2,5%, avec une ambition de prévention 
 

Le taux d'absentéisme chez Vulcain Service est d'environ 2,5%. “Tout arrêt désorganise le collectif. L'objectif est de le travailler par la prévention plutôt que par la réaction”, précise France Desnouveaux

Pour Jérémy Anthony, consultant et élu CFE-CGC au CSE de Vulcain Services, “Le taux actuel de l’absentéisme peut être regardé sans catastrophisme, à condition de maintenir l'ambition”
 

Le rôle clé de l’élu : créer un espace de confiance 


“Ce que le rôle permet, c'est surtout d'être une interface de confiance. Quand un problème remonte — et dans le consulting, les sources de friction sont nombreuses : exigences clients, changement de mission, incivilités, isolement — la première réponse n'est pas forcément une solution. C'est souvent une écoute. Un consultant jeune qui découvre le métier est exposé assez violemment aux contraintes : il subit à la fois les attentes de son employeur et celles du client. Mes sept ans d'expérience dans le métier permettent de remettre les choses en perspective et d'orienter vers les bons dispositifs”, explique Jérémy Anthony qui passe entre 4 et 5 heures par semaine à accompagner les consultants en demande de soutien.


Ce qui manque : une structure de soutien dédiée


“L'ordre de mission, prévu dans l'accord QVCT, est un progrès réel : cadrer la mission en amont réduit le stress de démarrage et force les clients à des briefs plus précis. Mais ça ne suffit pas. » Ce qui manque, c'est une structure de soutien structurée et dédiée — distincte du rôle de team manager, qui lui a aussi une performance à rendre à l'employeur”, poursuit Jérémy Anthony.

Quel retour à l’emploi après un arrêt long ? 

Des trajectoires qui se transforment


Prévia accompagne chaque année environ 800 collaborateurs en arrêt longue durée vers une reprise d'activité.  


Les profils évoluent : Prévia accompagne de plus en plus de personnes jeunes, frappées par burn-out mais aussi à des cancers ou à une usure professionnelle précoce. Les inaptitudes sont prononcées de plus en plus jeune, et de plus en plus vite après le début de l'arrêt — côté médecin du travail comme côté sécurité sociale pour l'invalidité. Ce rétrécissement de la fenêtre entre le début de l'arrêt et les décisions administratives est un défi opérationnel pour les acteurs de l'accompagnement, qui doivent s'adapter pour réengager certaines personnes dans un projet professionnel.

Maintenir le lien : l'enjeu central 

Le maintien du lien entre l'entreprise et le salarié en arrêt est primordial. “Plus l'arrêt dure, plus le retour devient difficile — non seulement pour des raisons de santé, mais aussi pour des raisons organisationnelles. Les structures se transforment en permanence. Au bout de six mois, l'entreprise a naturellement réorganisé, recruté un remplaçant, modifié les pratiques. La personne qui revient ne reconnaît plus son poste. Ce n'est pas dû à de la mauvaise volonté, c'est la vie d'une organisation. Mais la reprise est objectivement plus complexe. Et l'IA accélère encore ce mouvement : les pratiques évoluent plus vite que jamais”, souligne Jean-Baptiste de Courville, responsable du Pôle accompagnement de Prévia. Les représentants des salariés ont un rôle essentiel à jouer pour que ce lien ne se rompt pas.

Un message fort

L’accompagnement des salariés en arrêt a un effet systémique. Il envoie un signal positif à l’ensemble des salariés qui se disent : « Le jour où j'irai moins bien, je sais que je serai soutenu ». C'est fédérateur et c'est un facteur de prévention en soi. La manière dont une entreprise accompagne ses salariés en difficulté contribue à créer un climat de confiance.  La prévention de l’absentéisme passe par l’analyse des chiffres mais aussi par la capacité à écouter et à construire des réponses collectives.