Prix de l’énergie et précarité : le rapport qui accuse
En ce début d’année 2026, loin des discours rassurants sur la « stabilisation » des marchés, la réalité est têtue : pour beaucoup de ménages, la facture d’énergie reste un sujet d’angoisse. Fiscalité qui s’alourdit, prix qui ne redescend pas vraiment, l’énergie pèse chaque mois un peu plus sur le pouvoir d’achat. Ce n’est pas une fatalité, mais le signe d’une politique qui a progressivement oublié la mission première du service public : garantir à toutes et tous une énergie accessible.
Le baromètre Énergie-Info 2025 du Médiateur national de l’énergie en dit long.
85 % des ménages estiment désormais que leurs dépenses d’énergie représentent une part importante de leur budget. 36 % disent avoir eu des difficultés à payer leurs factures d’énergie au cours des douze derniers mois. 35 % ont souffert du froid au moins vingt quatre heures dans leur logement l’hiver dernier.
On n’est plus face à quelques cas isolés : c’est une crise sociale qui s’installe.
La sobriété subie : le nouveau visage de la précarité
Derrière les chiffres, il y a des situations très concrètes : radiateurs coupés plus tôt, pièces condamnées, chauffe-eau au minimum…
La « sobriété » dont on nous parle tant prend ici un visage bien particulier. 85 % des ménages adaptent leurs comportements pour réduire leur consommation, mais 87 % le font avant tout pour faire baisser la facture, pas par choix écologique.
Cette sobriété-là est subie.Elle frappe plus durement encore les plus modestes : parmi les bénéficiaires du chèque énergie, 59 % déclarent avoir souffert du froid. Le décalage du versement du chèque énergie 2025 à l’automne a d’ailleurs aggravé la situation de nombreux foyers.
L’impasse de la fiscalité et du marché
La France dispose d’un parc de production électrique performant, pilotable et largement décarboné. Grâce aux investissements passés et au travail des salariés des IEG, nous produisons une électricité à coût maîtrisé. Notre pays devrait être en première ligne pour démontrer qu’une transition énergétique peut rimer avec sécurité d’approvisionnement et prix stables. Pourtant, cet avantage structurel ne se retrouve plus sur la facture finale.
La responsabilité est d’abord fiscale.
Alors que l’énergie est un bien de première nécessité, l’État a fait le choix d’augmenter la pression sur les factures. Le rétablissement de l’accise sur l’électricité (ex-TICFE) et la hausse de la TVA à 20 % sur l’abonnement et une partie de la consommation ont renchéri la note, au moment même où les ménages sortaient à peine de la séquence inflationniste. Utiliser la facture d’électricité comme outil de rendement budgétaire revient à faire payer ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. S’y ajoute une impasse réglementaire.
La construction du prix de l’électricité reste trop dépendante de mécanismes de marché.
De nombreuses offres sont indexées sur des indices de gros très volatils, alors même que notre coût réel de production est, lui, relativement stable. Par ailleurs, des contrats de long terme sont négociés avec les grands consommateurs industriels afin de sécuriser leur prix d’électricité. Qu’on protège l’industrie peut s’entendre, mais cela ne doit pas conduire à faire reposer l’effort sur les particuliers, les petites entreprises et les collectivités.
Une fracture qui se creuse
La compétitivité de nos entreprises est indispensable, mais pas sur une précarité énergétique de masse. Une société où l’industrie bénéficie de tarifs négociés pendant que plus d’un tiers de la population a froid est une société qui marche sur la tête. La précarité énergétique est un risque de décrochage social majeur creusant les inégalités, entre territoires, entre catégories sociales, entre ceux qui peuvent isoler leur logement et les autres.
Les impératifs d’un nouveau pacte énergétique
Face à ce constat, il y a urgence d’un changement de cap. Il faut redonner du sens au service public :
1. Une fiscalité juste sur l’énergie. L’électricité doit être reconnue comme un produit de première nécessité. Elle doit bénéficier à ce titre d’un taux de TVA réduit à 5,5 % sur l’ensemble de la facture (abonnement et consommation) et d’une accise limitée sur les volumes indispensables à une vie digne.
2. Un tarif fondé sur les coûts de production français. Le prix payé par l’usager doit refléter la réalité économique de notre parc, et non les variations de marchés volatils, déconnectés des coûts de production.
3. Un service public renforcé. Le démarchage agressif, l’opacité de certains comparateurs et la concurrence entre fournisseurs dépourvus de moyens de production n’ont ni sécurisé l’approvisionnement, ni permis une baisse durable des prix.
Seul un service public fort, appuyé sur une entreprise intégrée, peut garantir une information neutre, un traitement équitable de tous les usagers et une vraie cohérence entre objectifs sociaux, industriels et climatiques.
Il est temps que le débat sur le prix de l’électricité revienne à l’essentiel : garantir à TOUS, particulier ou industriel, une énergie sûre, décarbonée et abordable, qui soit enfin un levier de souveraineté partagée plutôt qu’un facteur de fracture sociale supplémentaire.