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03 / 06 / 2026 | 7 vues
Rachèle Barrion / Membre
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L’urgence d’un autre partage de la valeur

Les signaux indiquant une dégradation économique s’accumulent en ce début d’année, et ce
avant même le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Entre la croissance à l’arrêt, la
montée du chômage, celle de l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat, la situation de
l’économie française est inquiétante pour ne pas dire alarmante.


Ainsi, la publication préliminaire de l’Insee (1) indiquait une stagnation du PIB au 1er trimestre 2026.


L’actualisation des comptes trimestriels révèle une situation finalement pire qu’attendue avec
une contraction du PIB de 0,1% au 1er trimestre (2). L’économie française est plombée par une
demande en berne liée à la crise du pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat du revenu disponible brut
des ménages (en tenant compte de la composition des ménages) a poursuivi sa baisse au
premier trimestre 2026 (-0,1%), après avoir déjà baissé de 0,8% en 2025


• En conséquence, la consommation des ménages reculait de 0,1% sur le trimestre,
notamment du fait d’une baisse de la consommation de produits pétroliers (-2,3%),
alimentaires (-0,3%), biens d’équipements (-0,3%) et énergie, eau, déchets (-2,3%).


• Faute de débouchés et de rentabilité suffisante, l’investissement recule de 0,4% au
premier trimestre, principalement liée au recul de la construction (-1,5%).


• De même le commerce extérieur pèse désormais sur la croissance avec notamment une
baisse des exportations de 3,8%. Cela s’explique avant tout par la volatilité des livraisons
aéronautiques après une fin d’année 2025 particulièrement dynamique. Il n’en demeure
pas moins que l’industrie française est fortement concentrée et soumise à une
concurrence exacerbée.


Par conséquent, la guerre en Iran percute une économie déjà fragilisée. Le blocage du détroit
d’Ormuz par lequel transitent 20 millions de barils par jour a provoqué une flambée des prix sur
les marchés mondiaux du pétrole et du gaz. En France, le choc pétrolier commence à se
répercuter à l’ensemble de l’économie.

 

Les derniers indicateurs témoignent de l’aggravation de la situation économique. L’indice PMI de Standard & Poors indique pour le mois de mai une baisse inédite de l’activité du secteur privé depuis la crise du Covid (3).

 

Pour l’année 2026, la prévision de croissance du FMI a été abaissée à 0,7%, contre 0,9% toujours espéré par le gouvernement. 


La flambée des prix du gaz et du pétrole provoque une accélération de l’inflation. L’indice des prix à la consommation a fortement augmenté passant de 0,3% en janvier à 2,2% en avril et 2,4% en mai, niveau qui n’avait pas été atteint depuis février 2024. Cette accélération s’explique essentiellement par la forte hausse des produits pétroliers (+ 31,4% pour le gazole et l’essence). Avec l’enlisement de la guerre en Iran, l’inflation risque de se répercuter sur les prix de l’ensemble de l’économie (électricité, alimentation, produits manufacturés…).


La hausse des prix entraîne la revalorisation automatique du SMIC. Ce dernier augmentera de 2,4% le 1er juin, avec le risque que le reste des salaires ne suive pas la hausse des prix. Ainsi, après avoir stagné au premier trimestre, l’INSEE prévoit une baisse des salaires réels de 0,5% au deuxième trimestre et ce, alors même que les salaires réels n’ont pas progressé depuis cinq ans.


Des palliatifs coûteux qui évitent soigneusement de s’attaquer aux causes structurelles de la perte de pouvoir d’achat


Le gouvernement refuse le blocage des prix et l’encadrement des marges, il ne souhaite pas non plus de bouclier tarifaire comme en 2022. Il s’en tient à des aides ciblées qui s’apparentent à des subventions à la consommation bénéficiant in fine aux distributeurs et aux raffineurs.


Ainsi il a été annoncé la prolongation et l’élargissement d’aides sectorielles déjà annoncées (pêche, agriculture, transport, BTP). Le transport fluvial, les aides à domicile, les taxis vont bénéficier de nouvelles mesures. L’indemnité pour les travailleurs modestes « grands rouleurs » est prolongée pour 3 mois, elle concerne environ 3 millions de salariés.


Les frais de déplacements pour les agents publics vont augmenter. Enfin il est prévu un doublement du plafond de la prime carburant défiscalisée et désocialisée versée par les employeurs. Il devrait passer de 300 à 600 euros.


Le coût de ces nouvelles annonces s’élève à 710 millions d’euros qui s’ajoutent aux 470 millions d’euros déjà annoncées. Le coût total de l’ensemble des aides s’élèverait à 1,2 Md d’euros.


Préparer les esprits à une nouvelle cure d’austérité… avant le budget 2027


Surtout, ces aides seront largement financées par les salariés eux-mêmes à travers de probables coupes budgétaires dans les services publics et la Sécurité sociale. En avril, le gouvernement estimait à 6 Mds d’euros le coût de la guerre en Iran. Il envisage désormais que la guerre « va durer », préparant ainsi les esprits à une cure d’austérité plus douloureuse. Le plan d’économie serait présenté lors du prochain comité d’alerte des finances publiques en juin.


Estimation du surcoût lié à la guerre en Iran Coût en Mds d’euros:


Hausse de la charge d’intérêts de la dette dû aux obligations d’Etat indexées sur l’inflation 3,6 Mds €
Surcroit de dépenses militaires pour les OPEX 1 Md€
Conséquences de l’inflation et de la baisse de la croissance 1Md€
Mesures de soutien 0,15md€


Si le FMI estime ce programme « bienvenu », il n’en juge pas moins le redressement insuffisant pour atteindre les objectifs de 3% de déficit du PIB en 2029. Le fonds préconise donc sans grande surprise d’aller encore et toujours plus loin dans les réformes néolibérales et la mise en cause du modèle social français. Ainsi, il souligne la nécessité de « poursuivre l’effort de consolidation » et voit pour cela les élections présidentielles comme une opportunité.

 

Concrètement il préconise un ajustement structurel de 0,8 % du PIB par an entre 2027 et 2029, soit 72 Mds d’euros en trois ans. Evidemment le FMI écarte toute hausse significative de recettes. L’ajustement devra passer par une baisse des dépenses publiques et propose pour cela la hausse des tickets modérateurs en matière de santé, la réduction des droits au chômage jugés « trop généreux » ou encore une réforme du système de retraites afin de « renforcer davantage l’incitation à prolonger la vie active ».


Des revendications claires et immédiates


Alors que l’économie française s’enfonce dans la « stagflation » - situation mêlant stagnation économique et inflation - avec des conséquences en cascade sur le pouvoir d’achat, la consommation, l’investissement et la croissance, une nouvelle cure d’austérité conduirait à aggraver ce cercle vicieux, sans pour autant redresser les finances publiques.


Face à l’urgence sociale et économique, notre organisation syndicale  réaffirme que d’autres choix sont possibles.


Elle revendique :

 

  • L’ouverture immédiate de négociations salariales dans l’ensemble des branches et des entreprises, afin d’assurer une augmentation générale des salaires.
  • Une augmentation immédiate et significative de la valeur du point d’indice dans la Fonction publique, seule mesure permettant de restaurer durablement le pouvoir d’achat des agents publics.
  • Le blocage immédiat du prix des carburants à 1,50 euro le litre, afin de protéger les salariés contraints d’utiliser leur véhicule pour se rendre au travail.
  • L’encadrement strict des marges dans les secteurs de l’énergie et du raffinage, afin d’empêcher toute spéculation sur le dos des consommateurs.
  • Le refus de toute nouvelle politique d’austérité, qui ferait peser sur les travailleurs le coût d’une crise dont ils ne sont pas responsables.
  • La préservation intégrale des moyens de la Sécurité sociale et des services publics.
  • La remise à plat des exonérations de cotisations patronales, dont l’efficacité économique et sociale demeure largement contestable.


L’urgence d’un autre partage de la valeur


Le pari du ruissellement, présenté depuis des années comme la condition d’une amélioration de la rémunération du travail, a manifestement échoué.


Les aides massives accordées sans contreparties n’ont ni permis une hausse durable des salaires, ni restauré l’investissement productif, ni empêché la dégradation du pouvoir d’achat. Une nouvelle fois, les salariés, les retraités, les chômeurs ne sauraient être sommés de payer une crise dont ils ne sont ni à l’origine ni les bénéficiaires.


L’urgence est à la hausse des salaires, à la revalorisation du point d’indice, à la régulation des prix et à la défense de notre modèle social.


C’est à ces conditions que pourra être préservée la cohésion sociale et qu’une véritable réponse économique pourra être apportée.

1 https://www.insee.fr/fr/statistiques/8986227
2 https://www.insee.fr/fr/statistiques/8999175

3 https://www.lesechos.fr/industrie-services/services-conseils/croissance-les-chiffres-alarmants-de-
leconomie-francaise-2232713

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