Participatif
ACCÈS PUBLIC
17 / 03 / 2026 | 6 vues
Georges De Oliveira / Membre
Articles : 26
Inscrit(e) le 26 / 08 / 2014

Assurances: La charge mentale écrase les salariés

Restructurations permanentes, pilotage par les indicateurs, numérisation accélérée et déploiement de l’intelligence artificielle : l’organisation du travail génère une charge mentale croissante, aux conséquences lourdes pour la santé des salariés et pour la cohésion sociale...

 

Sous l’effet des restructurations permanentes, de la numérisation accrue, de la recherche de rentabilité et du pilotage par les indicateurs, les salariés sont confrontés à une intensification du travail et à une multiplication des contraintes cognitives, organisationnelles et émotionnelles. Cette charge est renforcée par la complexité croissante des produits et des réglementations, la segmentation excessive des tâches et des processus, ainsi que par l’usage intensif des outils numériques et du reporting. À cela s’ajoutent la pression commerciale, la culture du résultat et la réduction des effectifs combinée à l’augmentation des portefeuilles à gérer. C es organisations privilégient la performance chiffrée au détriment du travail réel, rendant invisibles les efforts cognitifs et émotionnels déployés par les salariés.

 

Les salariés et la santé publique en souffrance

 

Notre organisation syndicale  observe une augmentation significative du stress chronique, de la fatigue mentale, du sentiment de surcharge permanente et de la perte de sens du travail. Le décalage entre les objectifs assignés et les moyens disponibles place les salariés dans une tension continue, générant culpabilité et sentiment d’échec. Cette charge excessive se traduit par une porosité accrue entre vie professionnelle et vie personnelle, des difficultés de récupération, des troubles du sommeil et une démotivation progressive : intensification du travail, standardisation excessive des tâches, perte d’autonomie, affaiblissement du collectif de travail et isolement des salariés, notamment avec le développement du télétravail non régulé. Ces conditions engendrent une progression préoccupante des situations d’épuisement professionnel, des troubles anxiodépressifs et des arrêts de travail de longue durée. Sur le plan physique, le stress chronique contribue aux troubles musculo-squelettiques, aux pathologies cardiovasculaires et aux troubles psychosomatiques. Cette dégradation de la santé a un impact direct sur le système de protection sociale et la solidarité nationale, faisant de la santé au travail un véritable enjeu de société.

 

L’intelligence artificielle comme facteur aggravant

 

Les systèmes d’intelligence artificielle sont déployés dans la tarification automatisée, la gestion des sinistres, l’aide à la décision commerciale, les chatbots ou le pilotage de la performance. Présentés par les directions comme des leviers de simplification, ces outils tendent en réalité à renforcer la charge mentale. Leur introduction s’accompagne d’une augmentation des volumes de dossiers, d’un raccourcissement des délais et d’une intensification des cadences, sans prise en compte suffisante de la complexité des situations ou du besoin de réflexion humaine.

 

La pression de la boîte noire

 

Un paradoxe émerge  : les salariés demeurent responsables des décisions tout en voyant leur autonomie réduite. Cela crée une pression accrue pour valider les décisions de l’IA, une vigilance permanente face aux erreurs et un sentiment d’insécurité professionnelle. L’opacité des algorithmes, perçus comme des « boîtes noires », renforce la perte de sens et met en tension les valeurs professionnelles. L’IA est également utilisée pour le suivi en temps réel de la productivité et la comparaison des performances, accentuant la pression managériale et l’auto-contrôle.

 

Enfin, elle alimente l’anxiété liée à la perte de compétences ou à la crainte de suppressions d’emplois, produisant un effet cumulatif délétère pour la santé. La charge mentale dans le secteur des assurances résulte d’organisations de plus en plus contraignantes et déconnectées de la réalité du travail.

 

Cette situation entraîne une dégradation des conditions de travail, une altération de la santé des salariés et des conséquences sociales majeures. Sans cadre social et éthique fort, , l’intelligence artificielle risque de devenir un accélérateur de souffrance au travail.

 

Pour nous, seule une remise en cause des choix organisationnels et managériaux, associée à de véritables politiques de prévention et à un dialogue social renforcé, permettra de préserver la santé des salariés et de garantir un travail digne et soutenable

 

---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Nos propositions et revendications syndicales

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

• Organisation du travail : un dimensionnement des effectifs à hauteur de la charge réelle, la réduction de la polyvalence imposée, la reconnaissance du travail réel dans les évaluations et la limitation du pilotage par les seuls indicateurs quantitatifs.

• Prévention des risques psychosociaux : l’évaluation systématique de la charge mentale dans le DUERP (Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels), la mise en place de plans de prévention suivis, le renforcement du rôle des CSE et le recours effectif à l’expertise indépendante.

• Droit à la santé : respect strict du droit à la déconnexion, encadrement du télétravail, amélioration de l’accès à la médecine du travail et reconnaissance des atteintes à la santé mentale comme risques professionnels.

• Dialogue social  : il doit être revalorisé par des négociations obligatoires sur la charge de travail et la santé mentale, ainsi que par une transparence totale des directions sur les impacts des restructurations.

• Effets de l’IA  : évaluation préalable de l’impact des outils sur la santé, l’inscription de ces risques dans le DUERP et un droit d’information renforcé pour les CSE. Il est également réclamé une transparence sur les critères algorithmiques, la reconnaissance de la responsabilité réelle des salariés, l’interdiction de l’IA comme outil de surveillance permanente et des garanties solides sur l’emploi et la formation

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pas encore de commentaires