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13 / 05 / 2026 | 13 vues
Jean-Philippe Milesy / Membre
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Un geste politique majeur sur le travail

 

Le « Manifeste pour une démocratie du travail » est paru !

Manifeste

 

J’avais fait état dans une précédente chronique de la présentation, le 31 janvier, en présence notamment de dirigeants syndicaux, de ce travail conduit par les Ateliers Travail et Démocratie, un collectif de chercheurs et de militants.

 

Le 12 mai, les Ateliers, accueillis par Bruno Palier à Sciences-Po, ont invité une demi-douzaine de hauts responsables politiques à s’exprimer sur le travail et sur les thèmes de l’ouvrage.

 

En introduction Isabelle Ferreras, professeure de sociologie à l’Université de Louvain, a présenté les grandes lignes du rapport qu’elle a remis à Yolanda Diaz, vice-présidente et ministre espagnole du Travail, intitulé « Deux promesses à celles et ceux qui travaillent : voix et propriété »(https://reportondemocracyatwork.org/fr/le-rapport-du-comite/ ).

 

Ce fut Thomas Coutrot, chercheur à l’Ires, qui présenta le Manifeste.


Au cœur de celui-ci sont les souffrances des travailleuses et des travailleurs devant les écarts de plus en plus brutaux entre le travail prescrit, tel que cherchent à l’imposer des gestionnaires aux seules visées de profit, et le travail réel, le travail vivant que fournissent des personnes contraintes mais soucieuses de l’œuvre. Ce travail réel « qui façonne le monde » est aussi « la fierté de contribuer au bien commun » dont la « prise de conscience peut donner… énergie et envie de changer les choses ».
 

Déjà Thomas Coutrot et Coralie Perez avaient sous-titré leur ouvrage « Redonner du sens au travail » « une aspiration révolutionnaire ».
 

Ainsi, en revendiquant la démocratie du travail, le Manifeste de Ateliers n’est pas une contribution de plus à la sociologie du travail, il est un geste éminemment politique.
 

Évoquant le rôle essentiel de l’action syndicale — qui se trouve aujourd’hui de plus en plus entravée voire criminalisée — les Ateliers se prononcent pour une démocratisation par le bas qui renvoie à la proclamation de l’Association Internationale des Travailleurs « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Cette démocratie par le bas se fonde sur un engagement syndical à partir de « l’enquête-ouvrière ou enquête-action qui vise à articuler production de connaissances et mobilisation »   L’enquête, les recherches-actions et les formations syndicales sur le travail réel sont des outils irremplaçables de la démocratie. De nouveaux droits liés à la participation des travailleurs à la délibération et à la décision sur le travail doivent être conquis à l’instar de ce que cherchent à imposer le gouvernement espagnol et cela sans doute au-delà de la codétermination à l’allemande dont de récents exemples ont montré les limites.

 

Inviter les politiques à s’exprimer pouvait sembler une gageure alors que le Manifeste souligne le mutisme des partis de gauche sur le travail. Les politiques présents ont semblé vouloir briser ce silence ; certaines et certains ont voulu, avec plus ou moins de précision et de détermination, prendre des engagements assez proches des ceux des animateurs des Ateliers, montrant ainsi le bon usage de l’interpellation.


Cet échange s’imposait car, comme les Ateliers l’ont constamment dénoncé, une corrélation existe entre les souffrances et la perte de sens au travail, le sentiment d’abandon des travailleuses et des travailleurs et le développement de l’abstention populaire ou trop souvent du vote pour l’extrême-droite.

 

Là encore le Manifeste pour une démocratie au travail, sans doute parce qu’il est le fruit de contributions multiples mises en débat de militants du Travail aux statuts divers, universitaires, chercheurs, syndicalistes est un geste politique majeur dans les luttes politiques pour la réaffirmation des droits conquis, leur élargissement et la démocratie sociale.

 

« Manifeste pour démocratie du travail »

Ateliers Travail et Démocratie, (éditions La Dispute, 120p, 13€)

 

 

 

 

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