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Intelligence artificielle : impact environnemental
Il n’est pas un jour sans que l’on entende parler de l’IA (Intelligence Artificielle). Sans se référer à son bien fondé, qu’il soit éthique, philosophique, social…, on peut questionner son impact environnemental. Et là, cette technologie fait peur ! Pour rappel, l’IA est « l’ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l'intelligence humaine » (définition donnée par l’encyclopédie Larousse).
Qui dit systèmes informatiques, dit ordinateurs, puces, serveurs et centres de données (Data Centers), dit énergie pour faire tourner les machines, dit eau pour refroidir ces mêmes machines, dit sols pour les accueillir. J’éviterai, dans ce texte, de donner des chiffres. En effet, le plus souvent à peine parus ils sont dépassés, obsolescents vu la vitesse à laquelle l’IA se développe.
Des matières premières
Pour la fabrication des ordinateurs, des écrans, des serveurs et de tous leurs composants, nous connaissons les ravages occasionnés directement : l’extraction de métaux et terres rares génère des pollutions locales directes, sans parler des dégâts sociaux induits, et mène à un épuisement des ressources minérales. L’ADEME a identifié une cinquantaine de minéraux et, parmi eux, plusieurs grands types de métaux :
· ceux qui sont nécessaires en quantités importantes, tels que le cuivre et l’aluminium;
· ceux présents en faible quantité dans les équipements mais pour lesquels le numérique représente 80 à 90 % du gisement mondial : le germanium, le gallium et l’indium;
· les métaux précieux comme l’argent, l’or ou le palladium.
Parmi tous ceux-ci, 5 sont considérés comme critiques (quantités faibles, disponibilité non assurée) : l’étain, l’argent, le ruthénium, le nickel et l’antimoine, juste devant l’or et le cuivre. De plus, nombre de ces métaux indispensables proviennent de pays géopolitiquement instables ou « à risques » exploitant sans vergogne des populations fragiles, pauvres.
De l’énergie
Pour extraire toutes ces matières premières, pour les raffiner ensuite - car ces métaux doivent être très purs pour pouvoir être utilisés - et enfin pour les acheminer sur leurs lieux d’utilisation il faut de l’énergie, beaucoup d’énergie. Mais ce n’est pratiquement rien par rapport à celle qu’il est nécessaire d’utiliser pour faire fonctionner cette IA.
L’Agence internationale de l’énergie estime que l’industrie mondiale des centres de données devrait doubler sa consommation d’électricité entre 2023 et 2026 ! En France, cette accélération de la demande en électricité est déjà là et le secteur des Datacenter mobiliserait la puissance de cinq à sept réacteurs nucléaires d’ici à 2030 ! Un exemple parmi tant d’autres, la centrale de Three Mile Island (Pennsylvanie aux États-Unis-d’Amérique) - de sinistre mémoire (voir encadré) - est en cours de redémarrage par l’entreprise américaine Constellation Energy pour pouvoir alimenter les centres de données de la seule entreprise Microsoft.
Un rapport publié par Shift Project (octobre 2025) prévoit une multiplication par 2,8 de la consommation électrique mondiale par rapport à 2023 pour le seul fonctionnement des centres de données ! Devenant moins chère, l’IA se développe et le résultat est qu’il y a de plus en plus d’utilisation d’IA et, en conséquence, plus de consommation électrique. Ajoutons à cela que la génération d’images et de vidéos par IA (de plus en plus fréquente et importante) consomme en moyenne 60 fois plus d’énergie que la génération de texte !
De l’eau en quantité
Ces centres de données, quand ils fonctionnent, dégagent une incroyable quantité de chaleur. Et ils fonctionnent 24 h sur 24. Pour refroidir ces machines, il n’y a pas 36 solutions : il faut les refroidir avec de l’eau. Un rapport du CESE (en date du 24 septembre 2024) alerte sur le sujet de la disponibilité d’une ressource indispensable à la vie humaine et qui provoque, localement, de très fortes tensions. Un Datacenter en Île de France dédié à l’IA consomme annuellement la même quantité d’eau que 6 000 Parisiens.
Aux États-Unis, les centres de données de Google, installés à The Dalles (ville de 16 000 habitants dans l’Oregon), capturent le quart de l’eau de la ville ! Au Chili ou en Espagne, par exemple, les conflits d’usage se multiplient entre les populations locales et les entreprises d’IA.
Une enquête sur Marseille, ville où le nombre de Datacenter est important (10 installés dans ces dix dernières années, 10 en projet dont un égale en superficie l’ensemble des… 10 déjà présents !), démontre que l’eau rejetée à la sortie de ces centres était de plus de 10° plus chaude qu’à son entrée provoquant une forte eutrophisation des milieux, avec un énorme impact sur la faune et la flore. Et si le refroidissement de ces infrastructures ne passe pas par l’eau, les systèmes de froid utilisent et émettent des gaz fluorés aux conséquences dramatiques sur l’effet de serre. Dans ce même rapport du CESE, il est estimé que les systèmes d’IA pourraient consommer entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cube d’eau, soit une consommation légèrement supérieure à celle du Danemark et équivalente à la moitié de celle du Royaume Uni.
Des sols
Pour l’implantation de tous ces centres de données, il faut artificialiser des surfaces gigantesques et donc utiliser des terres agricoles ou des milieux naturels. En novembre 2025, il y a plus de 11 800 Datacenter dans le monde. Les États-Unis comptent près de la moitié des centres de données mondiaux soit 5 381 centres, contre 500 au Royaume-Uni, 449 en Chine, 321 en France… Sachant qu’en moyenne (en 2020) un de ces centres occupait une surface de 5 hectares et qu’actuellement ceux qui se construisent peuvent occuper une superficie de 200 à 300 hectares, on imagine facilement la consommation impressionnante de terres que cela représente. Pour revenir à la France, les 26 sites présentés en juin 2025 pour l’implantation de Datacenter dans les années à venir couvrent plus de 1 100 hectares, dont 270 hectares seulement sur des terrains déjà bétonnés (anciennes friches industrielles). Avec toutes les répercussions sur le foncier, sa disponibilité et son coût. Des territoires fortement équipés pourraient ne plus être en mesure de satisfaire les besoins essentiels de leur population en cas de tension extrême sur leurs ressources.
Quelles solutions ?
Devant cette course en avant effrénée, comment agir et que faire ? Rendant des services incontestables dans certains domaines, il ne s’agit pas d’interdire l’IA. Mais la consommation exponentielle d’énergie, les difficultés grandissantes d’alimentation en eau et ses conflits d’usage, la raréfaction des terres rares, les problèmes de souveraineté… exigent de prendre des mesures contraignantes au niveau mondial et d’agir au niveau réglementaire. Il faudra prendre en compte une notion qui semble totalement absente de nos habitudes : la sobriété.
Il faut donc limiter notre consommation de numérique en mettant en place des politiques publiques de rupture par rapport à ce qu’il se fait aujourd’hui : réserver l’Intelligence artificielle à des domaines spécifiques (santé, climat, défense, recherche) et bannir son utilisation pour des actions futiles ou ludiques, arrêter la numérisation poussée à l’extrême (avec le retour de guichets physiques dans ce qui concerne les démarches administratives, les services publics) et instaurer rapidement un moratoire sur la construction des centres de données.
Pour ce qui est du domaine individuel, la sobriété s’impose également. Par exemple, la possession d’objets connectés explose. En France, en 2025, les Français possédaient 250 millions d’objets connectés. Ce chiffre devrait atteindre 10 milliards en 2050 ! Combien sont indispensables ? Réfléchissons-y car sans ces actions (collectives, étatiques, individuelles), nous courons vers de très graves désillusions et d’énormes problèmes dans les années qui viennent. Il en va de notre responsabilité : interpelons nos élus, exigeons de nos gouvernements des actes à la hauteur des enjeux et soyons, nous même, sobres et responsables.
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THREE MILE ISLAND--------------------------------------------------------------------------------------------------
L'accident nucléaire de la centrale de Three Mile Island (Pennsylvanie) est survenu le 28 mars 1979. À la suite d'une chaîne d'événements, le cœur du réacteur n° 2 de la centrale fond en partie, entraînant le relâchement dans l'environnement d'une « faible » quantité de radioactivité. À la suite d’actions inadaptées, le refroidissement du cœur n’a plus été assuré, ce qui a entraîné la fusion d’une partie du combustible, c’est-à-dire la perte de la première barrière de protection. Deux jours plus tard, la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis (NRC) annonçait la possibilité d'une fusion du cœur du réacteur nucléaire (le syndrome chinois). Plus de 200 000 personnes fuirent la région, et par mesure de précaution, le gouverneur de l'État de la Pennsylvanie fait évacuer les enfants d'âge préscolaire et les femmes enceintes à huit kilomètres de la centrale. Cet accident a été classé au niveau 5 de l’échelle internationale des évènements nucléaires (INES) (échelle de 1 à 7) : « Rejet limité susceptible d'exiger l'application partielle des contre-mesures prévues ». Quand six ans plus tard, il a été possible de pénétrer dans l’enceinte, une caméra introduite dans la cuve a montré que près de la moitié du combustible avait fondu.
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LE VENT TOURNE ?
Un élan de résistance aux datas centers XXL émerge aux États-Unis. L’État du Maine a voté une loi interdisant la construction de data centers d’une capacité de plus de 20 mégawatts jusqu’à l’automne 2027. Les motivations : La flambée des prix de l’électricité pour les habitants et les impacts environnementaux de ces infrastructures conçues pour développer l’I.A. Un moratoire qui pourrait servir d’exemple à onze autres États qui étudient des textes similaires.
Politis 23/04/26 - n°1911
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