Organisations
Santé mentale et prévention : de la reconnaissance proclamée à l’action concrète
Pour Mylène Bonnel, Vice-présidente déléguée de la MGEN: "les mutuelles occupent une place stratégique dans la promotion de la santé et de la prévention, tant au regard des troubles psychiques que des affections somatiques". Sur ce sujet d'importance elle a bien voulu livrer ses réflexions au CRAPS (le Cercle de Recherche et d'Analyse sur la Protection Sociale)
Considérées depuis plusieurs décennies comme le parent pauvre de la médecine, en raison d’un manque de reconnaissance et de financements insuffisants, la santé mentale et la psychiatrie se sont retrouvées, ces dernières années, propulsées au premier rang des grands enjeux de santé publique.
Selon Santé publique France, les troubles anxio-dépressifs concernaient jusqu’à 20 % de la population française lors des périodes de confinement entre 2020 et 2022, et, sur cette même période, les urgences ont observé une augmentation de près de 200 % des consultations pour troubles de l’humeur et gestes suicidaires. Ces chiffres, qui illustrent le profond mal-être d’une population et les failles d’un système de soins peinant à répondre à la détresse de ses patients, marquent une réalité plus durable : la pandémie n’a fait que révéler et aggraver des tendances déjà préoccupantes.
La crise de la Covid-19, en laissant place à une nouvelle crise sanitaire, celle de la santé mentale, a contribué à la prise de conscience générale de la place que mérite cette dernière. Composante essentielle de la santé et du bienêtre, ainsi que droit fondamental de tous les individus, la santé mentale est désormais reconnue comme étant l’affaire de tous.
Santé mentale et psychiatrie : le bilan après un an de grande cause nationale
En déclarant la santé mentale et la psychiatrie Grande cause nationale 2025 à l’automne 2024, Michel Barnier actait l’urgence d’agir pour une meilleure reconnaissance de la santé mentale et une amélioration de l’offre de soins à la hauteur des enjeux. Si cette reconnaissance constitue un premier pas louable vers une prise de conscience collective, force est de constater qu’elle n’a été suivie que d’effets limités. Les initiatives portées par les pouvoirs publics se sont résumées à quelques campagnes de communication appelant chacun à veiller sur sa propre santé mentale ou sur celle de ses proches, plaçant ainsi la responsabilité individuelle au premier plan. Par ailleurs, le plan « Santé mentale et psychiatrie », présenté en juin 2025 – soit six mois après le début de la Grande cause nationale – prévoit 26 mesures ambitieuses, mais son articulation opérationnelle et le financement global de leur déploiement restent à préciser. Enfin, reconduite Grande cause nationale pour l’année 2026, la santé mentale est paradoxalement restée très absente des débats sur le financement de la Sécurité sociale. Cette absence interroge, alors que les troubles psychiques représentent le premier poste de dépense de l’Assurance maladie, la première cause d’années vécues avec une invalidité et sont responsables de 35 à 45 % de l’absentéisme au travail1.
MGEN, première mutuelle des agents du service public, porte depuis les années 1950 un engagement constant pour la santé mentale et l’accès aux soins. Créatrice d’établissements spécialisés en santé mentale et pionnière de parcours innovants, elle place au coeur de son action la qualité des soins et le respect des besoins globaux des patients. MGEN, engagée pour la libération de la parole et l’effectivité des droits, salue donc et soutient le travail de déstigmatisation entrepris par le gouvernement mais affirme qu’il ne remplace ni des moyens financiers pérennes, ni une organisation des soins adaptée et des prises en charge de qualité, accessibles sur l’ensemble du territoire. Si le nombre total de psychiatres a progressé au cours des dernières années, cette augmentation s’accompagne d’évolutions préoccupantes : un déport vers l’exercice libéral, une augmentation du temps partiel et une répartition territoriale très inégale, tandis qu’une baisse des effectifs est à prévoir à partir de 2030. Ces difficultés d’accès aux soins spécialisés reportent de fait une part croissante de la prise en charge en psychiatrie et en santé mentale sur les médecins généralistes, porte d’entrée du système de soins. Selon le Collège de médecine générale2, en 2023 la souffrance psychique concernait 30 % de l’activité en médecine générale et représentait le premier motif de consultation pour les personnes âgées de 25 à 60 ans. Or, les médecins généralistes ne sont pas systématiquement formés aux problématiques psychiatriques. Ce déséquilibre entre l’offre de soins spécialisés et les besoins de santé mentale aboutit fréquemment à des prescriptions médicamenteuses inadéquates (anxiolytiques, somnifères, etc.). L’augmentation du nombre de praticiens formés et disponibles pour répondre aux enjeux de psychiatrie, ainsi que le renforcement de la concertation et la coordination entre professionnels sur les territoires sont donc des enjeux essentiels. En outre, au sein des structures spécialisées, le manque de professionnels porte également atteinte à la qualité des soins et aux droits des patients, car il induit une augmentation des restrictions de liberté et l’usage de la contention physique ou chimique. Parallèlement à la formation des professionnels, l’amélioration du cadre législatif encadrant ces restrictions de liberté, notamment pour les adolescents, serait une avancée importante dans la prise en charge. Actuellement, la loi encadrant les soins psychiatriques sans consentement est conçue pour les adultes, laissant un vide juridique pour les mineurs confrontés à des troubles sévères. Enfin, nous plaidons pour une logique d’anticipation et d’« aller-vers », avec des interventions en amont des décrochages scolaires et professionnels, et permettant de prévenir les hospitalisations complètes. Dans l’environnement professionnel, le rôle de la médecine du travail est également central : les médecins du travail doivent être mieux formés à repérer les situations de souffrance psychique et prévenir les aggravations.
Virage préventif : obstacles structurels et avancées fragiles
Héritée des grandes découvertes médicales ayant marqué la fin du XVIIIe siècle et d’une protection sociale structurée pour compenser des aléas déjà survenus, l’approche curative a façonné l’organisation de notre système de soins. Cette approche, qui ne prend en compte que les risques et les résultats immédiats, engendre depuis lors une vision de la médecine et de la santé ne s’inscrivant pas dans la durée, tant au niveau des modes de financement que de l’organisation des soins.
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Les mutuelles, partenaires stratégiques d’une prévention ambitieuse
Par leur ancrage territorial, leur capacité à aller vers les populations et leur rôle de financeurs solidaires, les mutuelles occupent une place stratégique dans la promotion de la santé et de la prévention, tant au regard des troubles psychiques que des affections somatiques. Elles promeuvent une approche ambitieuse de la prévention primaire, secondaire et tertiaire, ciblant les déterminants bio-psycho-sociaux et les individus dans leur globalité, luttant pour l’effectivité des droits et contre le non-recours aux soins.
En parallèle de leurs activités d’assurance, les mutuelles proposent une offre de soins non lucrative majeure. Elle contribue significativement à l’accès aux soins en prévenant les pertes de chance.
À titre d’exemple, MGEN, par son appartenance au groupe VYV, premier opérateur privé non lucratif en matière d’offre de soins et d’accompagnement, met à disposition de tous, adhérents ou non, 1 800 structures de soins et d’accompagnement mutualistes, qu’elle cogère et cofinance sur l’ensemble du territoire français.
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