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06 / 10 / 2026 | 9 vues
Theuret Johan / Membre
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L’intelligence artificielle dans les services publics : une accélération technologique sans véritable cap politique

Lorsque Le Sens du service public publie, avec la Fondation Jean-Jaurès, son rapport Le service public à l’épreuve de l’intelligence artificielle en juillet 2025, l’enjeu dépasse le débat technologique. Il ne s’agit plus de savoir si l’intelligence artificielle (IA) transformera l’administration, mais comment faire en sorte que cette révolution demeure compatible avec les principes du service public.

 

Les administrations s’approprient rapidement l’IA. Les agents utilisent des assistants génératifs pour produire des documents ou simplifier certaines tâches. L’IA devient progressivement une composante du fonctionnement administratif.

 

Pourtant, cette accélération ne s’accompagne pas encore d’un cap politique partagé. Le rapport conjoint de l’Inspection générale des finances (IGF), de l’Inspection générale de l’administration (IGA) et de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) publié en 2026 souligne que les expérimentations se multiplient, mais que la diffusion reste fragmentée. Près de 40% des agents utiliseraient déjà des outils de « shadow IA», non autorisés par leur administration. Les inspections estiment surtout que l’IA devrait être considérée comme une transformation stratégique de l’action publique.

 

Le paradoxe français est là. L’État dispose d’un écosystème scientifique reconnu, mais ne possède pas encore de doctrine interministérielle stabilisée sur ce que doit être une administration augmentée par l’IA. Quels processus automatiser et lesquels préserver comme humains ? Jusqu’où déléguer les tâches cognitives ? Comment garantir la souveraineté des données et mesurer les gains réels ? Les réponses restent dispersées.

 

Deux annonces illustrent cette accélération. En juillet 2025, l’État a sélectionné une centaine de solutions d’IA générative parmi plus de 430 candidatures dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt « Solutions d’IA pour le public ». Cette initiative marque le passage au déploiement à grande échelle, mais révèle aussi le risque d’une approche technosolutionniste.

 

En juin 2026, le gouvernement a présenté le plan « Notre IA », première feuille de route nationale consacrée au déploiement de l’IA dans les services publics. Il prévoit notamment la généralisation d’assistants pour les agents, le développement de services pour les usagers et le renforcement des capacités de l’État en matière d’IA souveraine. L’objectif est de gagner en efficacité avec un usage éthique et maîtrisé. Mais le plan reste centré sur les annonces et les cas d’usage, sans définir pleinement les finalités ni l’évaluation des effets à long terme.

 

L’histoire de la dématérialisation invite pourtant à la prudence. La transformation numérique a été largement pensée sous l’angle de l’efficacité. Cette logique a parfois produit des effets inverses, avec l’éloignement de certains usagers, la fracture numérique et des difficultés d’accès aux droits.

 

Il faut éviter que l’IA ne devienne une nouvelle couche de dématérialisation, substituant des interactions automatisées aux relations humaines qui fondent la confiance dans les institutions. L’enjeu n’est donc plus de savoir si l’IA sera présente dans les services publics. Elle l’est déjà. Il faut désormais déterminer quelle place lui donner et selon quelles règles.

 

Il faut concilier innovation et protection des données, efficacité et responsabilité, automatisation et relation humaine, tout en répondant aux enjeux de souveraineté numérique. Le coût doit aussi être intégré, car l’IA génère de nouvelles dépenses d’infrastructure et d’accompagnement. Le « shadow IA » montre que les usages progressent parfois hors des cadres institutionnels.

 

La contradiction est donc claire. Les services publics avancent rapidement dans l’adoption de l’IA sans disposer encore de tous les instruments politiques nécessaires pour orienter cette transformation.

 

En 2027, la montée en puissance de l’AI Act européen renforcera les exigences de gouvernance et de responsabilité publique. Mais la conformité réglementaire ne suffira pas. La question centrale restera celle du projet collectif.

 

L’IA doit-elle conduire à une administration simplement plus automatisée ou à un service public réellement augmenté, capable d’améliorer la relation à l’usager tout en renforçant les capacités des agents ?

Cette question dépasse la technologie. Elle touche à la conception même du service public à l’ère numérique....

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Pour  plus de détails :

 L'IA dans les services publics, une accélération technologique sans véritable cap politique

L’intelligence artificielle est maintenant partout dans nos vies. Les services publics et les administrations n’y échappent pas. La question est de savoir si cette révolution demeure compatible avec leurs principes.

Sans cap politique et doctrine interministérielle partagée, la transformation numérique risque de prendre le tournant de l’automatisation à défaut de prendre le chemin de services publics augmentés alliant innovation et protection des usagers.

 

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