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18 / 06 / 2026 | 14 vues
Yanis Aubert / Membre
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Le désengagement de l’État fragilise le financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics présentent l’apprentissage comme la réponse privilégiée aux difficultés d’insertion professionnelle. Derrière les chiffres record du nombre d’apprentis se cache pourtant une réalité plus contrastée, marquée par des tensions budgétaires croissantes, des inégalités territoriales et un désengagement progressif de l’État.


Pour nous, l’alternance constitue une modalité pédagogique pertinente. Cependant, notre organisation syndicale refuse la logique du « tout apprentissage », qui tend à transformer un dispositif de formation en un simple outil de politique de l’emploi.


Cette orientation est d’autant plus préoccupante que la réforme de 2018 a profondément modifié l’équilibre du système.

 

Après des déficits accumulés, de plusieurs milliards d’euros, pendant plusieurs années, France compétences vise désormais et en priorité un retour à l’équilibre budgétaire, voire un excédent.

 

Ainsi les mesures d’économies se multiplient : réduction des aides, baisse des financements et pression accrue sur les opérateurs du système.

 

Pourtant, l’État, qui a lui-même porté cette réforme et siège au sein de France compétences, réduit progressivement son soutien financier.

 

Ce désengagement fragilise le financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

 

Les conséquences sont déjà visibles.
 

Notre organisation syndicale alerte notamment sur la situation de nombreux CFA dits « territoriaux ». Historiquement soutenus par les Régions, ces centres sont aujourd’hui dans une situation critique du fait de la diminution des financements régionaux. En effet, les deux enveloppes financées par l’État, et attribuées au titre des dépenses de fonctionnement et des dépenses d’investissement des CFA, sont divisées par quatre en 2026. Elles s’établiront ainsi à 33 millions d’euros (11 millions pour le fonctionnement et 22 millions pour les investissements), au lieu des 134 millions d’euros prévus. Or ces CFA assurent souvent des formations indispensables à l’économie locale, notamment dans les métiers industriels, artisanaux ou agricoles.

 

Parallèlement, les choix gouvernementaux tendent à faire de l’apprentissage l’unique dispositif d’alternance.

 

La suppression, en 2024, de l’aide à l’embauche en contrat de professionnalisation pour les moins de 30 ans l’illustre. Les effets ont été immédiats avec seulement 84.800 nouveaux contrats de professionnalisation conclus à fin novembre 2024, contre 115.700 un an auparavant. Les impératifs budgétaires ne peuvent constituer l’unique critère de pilotage

 

Cette politique interroge sur les publics réellement bénéficiaires du développement de l’apprentissage.

 

Notre confédération a toujours soutenu en priorité l’apprentissage pour les jeunes préparant des qualifications de niveau infra bac à bac +2. Ces évolutions interrogent sur l’utilisation des financements publics et la capacité du système à répondre aux besoins des jeunes les moins qualifiés, ceux les plus exposés aux difficultés d’insertion professionnelle.

 

Pour nous  l’attractivité de l’apprentissage ne peut reposer uniquement sur des aides financières aux entreprises. Elle suppose avant tout des conditions de formation et de travail de qualité. Cela passe notamment par la reconnaissance du rôle du maître d’apprentissage, dont notre organisation syndicale  revendique la professionnalisation.

 

Les aides exceptionnelles versées aux entreprises ont contribué à brouiller la finalité de l’apprentissage.

 

Et elles ont créé des effets d’aubaine. Dans certains cas, elles ont permis aux employeurs de disposer d’une main-d’œuvre subventionnée, à moindre coût.

 


Notre confédération :

  • refuse que l’apprentissage devienne un outil de réduction du coût du travail ou un substitut à l’embauche de salariés dans des emplois pérennes
  • rappelle que l’apprentissage relève prioritairement de la formation initiale et, à ce titre, de la responsabilité de l’État.

 

Les impératifs budgétaires ne peuvent constituer l’unique critère de pilotage d’une politique qui engage l’avenir des jeunes, des salariés et de notre système de qualification.

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