Organisations
Les croyants de l’intercommunalité
Un très grand cru..... Impossible de qualifier autrement la 18ème édition des Universités d’été des directeurs généraux d’intercommunalité qui s’est déroulée les 1er, 2 et 3 juillet derniers à Vannes et qui a réuni plus de 300 participants autour d’une problématique consubstantielle à la dynamique intercommunale : l’élaboration du projet de territoire envisagée à l’aune de l’enjeu d’" habitabilité ".
Qu’en retenir in fine ?
Sans doute la mise en scène opérée par le philosophe Gaspard Koenig , à partirde son dernier roman Aqua —dans lequel la crise de l’eau est le miroir des bouleversements écologiques que nous traversons—, de l’" inhabitabilité " progressive de notre planète, appelant ainsi à ce que l’habitabilité de nos territoires constitue le cœur du débat politique local et national.
A cet égard, parce qu’elles détiennent l’essentiel des responsabilités territoriales en matière de transition environnementale, les communautés & métropoles ont, pour l’ADGCF, le devoir de faire de l’" habitabilité " le référentiel de la nouvelle génération de projet de territoire qu’elles ont la charge de construire en ce début de mandat.
Pour autant, la controverse animée par Manon Loisel autour d’un triple questionnement volontairement polémique — Nous vivons la fin de l’intercommunalité de projet / On assiste à un retour en force du politique dans ou contre l’intercommunalité / Les mots d’ordre sur lesquels s’est construite l’intercommunalité font de moins en moins consensus — a permis d’exprimer collectivement les tensions politiques, institutionnelles et financières qui rediscutent actuellement le modèle intercommunal et qui sont susceptibles d’entraver sa double mission : la première, historique, visant le déploiement d’un service public de qualité au sein du bloc local ; la seconde, plus contemporaine, qui ambitionne précisément d’œuvrer à la transformation radicale de notre rapport à l’environnement.
Les quatre " speed meetings " qui ont ouvert l’après-midi du jeudi 2 juillet avaient pour vocation de faire " atterrir " concrètement la notion d’habitabilité au sein de la nouvelle génération de projet de territoire. Ce sont quatre membres de notre Conseil Scientifique qui s’y sont attelés, Karine Hurel , Didier Locatelli , Olivier Portier et Martin Vanier et qui ont respectivement évoqué les enjeux liés à la mesure des limites physiques de nos sols, à la traduction de la notion d’habitabilité en termes de politiques publiques, à la construction de la robustesse économique et sociale des territoires et à l’émergence d’une gouvernance du projet instituant l’intercommunalité comme un " parlement des ressources ". En bref, ce que nous ont permis de saisir ces quatre ateliers, c’est qu’il nous faut absolument préserver et valoriser, ce ne sont pas des paysages figés, mais bien des systèmes humains et non humains, dynamiques et interdépendants.
Si l’exigence d’habitabilité réinterroge le projet de territoire intercommunal, elle voit sa légitimité d’autant plus renforcée à l’heure où les intercommunalités font face à de fortes contraintes budgétaires. En effet, comme l’a illustré Daniel Florentin , l’investissement massif dans les infrastructures doit désormais céder la place à une approche fondée sur la " maintenance " des réseaux et des équipements existants, ce qui invite les communautés & métropoles à repenser le contenu des projets de territoire et le récit politique qui les accompagne.
Prolongeant le constat, Anaïs Voy-Gillis a souligné combien l’un des enjeux cruciaux de la nouvelle génération de projet de territoire était de travailler à une transition socio-écologique susceptible de diminuer la dépendance du tissu économique local à des chaînes de valeurs mondialisées. En somme, c’est notre contrat social qu’il nous faut réécrire nationalement et localement, en redonnant toute sa place au " milieu " dans lequel se déploient nos dynamiques relationnelles et collaboratives.
C’est Pierre Cornu qui a ouvert la matinée du vendredi 3 juillet en mettant en perspective la relation rural-urbain et son instrumentalisation politique séculaire ; insistant sur le fait que l’on ne pouvait construire des projets de territoire en se situant sur le registre de la colère, l’historien considère la notion d’habitabilité comme relevant du " désirable " et en mesure de penser la complémentarité et les équivalences entre les différentes " catégories " d’espace composant nos intercommunalités.
Enfin, ponctuant ces Universités d’été, Rémi Lefèbvre est revenu sur la place occupée par l’intercommunalité dans l’espace politique territorial à l’issue des dernières élections locales. Selon lui, le " fléchage " a une nouvelle fois prouvé, avec sa troisième édition en 2026, son incapacité à porter le débat public à l’échelle communautaire, tandis que les thèmes de l’agenda électoral ont freiné " l’intercommunalisation " des controverses et débats. Ainsi, le recul net de la thématique écologique, très présente en 2020, a participé de cette tendance.
Considérant que dynamique intercommunale et transformation écologique ont plus jamais leur destin lié, le politiste en a appelé aux directeurs généraux des communautés & métropoles, gardiens du service public local et promoteurs des grandes transitions, qu’il a, avec enthousiasme, désigné comme les " croyants de l’intercommunalité ". La formule a eu son succès.
Nous sommes, au sein de l’ADGCF, des " croyants " de l’intercommunalité. Mais je le précise : pas d’une intercommunalité qui serait son propre objet, et qui existerait en tant que telle, presque en dehors des habitants de son territoire. A nos yeux, l’intercommunalité se doit humblement d’être l’outil de la coordination et de la régulation des politiques publiques fabriquées par le niveau infra —le bloc local— et aussi supra —Départements, Régions, État—. A nous d’embrasser, d’accompagner et de porter cette vision d’une intercommunalité toujours plus coopérative et fédératrice, à nous directeurs généraux de définir, pour nos élus, le cadre d’un exercice du pouvoir local reposant sur la capacité des communautés et métropoles à renforcer les chaînes de production collective, à mobiliser les ressources de la société locale tout en luttant contre ses vulnérabilités socio-écologiques.
Voilà les principes que valorise l’ADGCF et ce, d’autant plus dans la perspective des prochaines élections présidentielles !
Rendez-vous le 14 octobre prochain, à Dunkerque, dans le cadre de la Convention nationale de l’intercommunalité, pour notre Assemblée Générale qui verra l’élection du nouveau conseil d’administration de l’Association.
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Projet de territoire de nouvelle génération : le guide méthodologique de l’ADGCF est disponible !
Centrée sur l’élaboration de la nouvelle génération de projet de territoire, la 18ème édition des Universités d’été des directeurs généraux des communautés & métropoles a été l’occasion de présenter le guide méthodologique produit par l’ADGCF.
Précisément, la méthodologie proposée s’articule autour de quatre temps :
-Premièrement, étoffer l’observation permettant d’établir l’état des lieux préalable à l’élaboration du projet, c’est-à-dire mesurer l’état des ressources naturelles —eau, sols, air, forêt— de mon territoire et de sa biodiversité.
-Deuxièmement, approfondir l’exercice de diagnostic territorial en évaluant la soutenabilité du modèle de développement territorial au regard du cadre des limites physiques.
-Troisièmement, renouveler l’exercice de réflexion stratégique et prospective.
Ce dernier doit notamment permettre de définir la stratégie et les politiques visant soit l’adaptation des activités compatibles avec la préservation des ressources soit l’identification des secteurs auxquels on doit renoncer.
-Quatrièmement, renouveler l’exercice de mise en débat et en délibération du projet en associant l’ensemble des parties prenantes aux renoncements, en envisageant également en somme la représentation politique du vivant non-humain. Voilà, brièvement, la structure de la méthode que nous proposons.
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