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21 / 07 / 2026 | 11 vues
Alain Arnaud / Abonné
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Ciriec France: une page se tourne

Le 29 juin dernier, l’assemblée générale du CIRIEC-France a élu un nouveau conseil d’administration pour les trois prochaines années, et il me revient de présenter quelques éléments de bilan de la mandature 2023-2026 qui s’est achevée, et d’en tirer certains enseignements.


Je tiens à rappeler tout d’abord que l’histoire du CIRIEC est une histoire riche mais curieusement peu connue. Pourtant des personnalités éminentes, politiques, universitaires, syndicales, sont à l’origine de sa création en février 1947, en marge de l’assemblée générale de l’Organisation Internationale du Travail à Genève.

 

Son fondateur, Edgard Milhaud, professeur d’économie politique, avait souhaité en effet créer une association au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale pour accueillir et gérer les Annales de l’économie collective, recueil de travaux sur les thèmes de l’économie publique, sociale et coopérative, publiés à partir de 1908 alors qu’Edgard Milhaud était proche de Jean Jaurès et de Léon Blum. Aujourd’hui le CIRIEC est implanté sur les cinq continents et s’appuie sur un réseau de 750 chercheurs dans le monde. La section française quant à elle, a été fondée en 1950 par Léon Jouhaux, prix Nobel de la paix, ami d’Edgard Milhaud.


Si j’évoque ce trait d’histoire, c’est non seulement pour rendre hommage aux fondateurs du CIRIEC, mais aussi pour évoquer la saisissante modernité de leur pensée et de leurs préconisations de développer pour maintenir la paix une économie politique humaine, égalitaire et solidaire

 

Aujourd’hui, 80 ans après, nous sommes à nouveau dans cette exigence.

 

Car si les temps ont bien entendu changé, les problèmes restent les mêmes pour les populations confrontées à des conditions de vie de plus en plus difficiles, mais aussi à nouveau aux risques de guerre et désormais aux effets du réchauffement climatique. C’est cette pensée qui a inspiré depuis l’origine les travaux du CIRIEC, et notamment le CIRIEC-France.


Pour s’en tenir aux trois dernières années, quels ont été les évènements les plus marquants ayant constitué le contexte politique dans lequel nous avons vécu ?


En premier lieu, l’après-Covid et les conséquences de cette grave crise sanitaire. On pense ce que l’on veut de la manière dont la pandémie a été gérée et du « quoi qu’il en coûte » présidentiel, il n’en demeure pas moins que cette crise a, de fait, amplifié les grandes fragilités déjà identifiées dans l’organisation du système de santé français, et mis en évidence le fossé grandissant entre pouvoir centralisé et acteurs locaux de terrain pour gérer au plus près et avec plus d’efficience les conséquences de la crise.

 

Le manque de confiance des pouvoirs publics nationaux envers les corps intermédiaires alors que notre pays a montré son immense réservoir de talents et de bénévolat, a particulièrement marqué les esprits.


Ensuite, nous sommes passés de déceptions en déceptions vis-à-vis du pouvoir politique…à une crise politique majeure. On restera longtemps dans la sidération après cette décision du Président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale. Elle devait soi-disant clarifier une situation compliquée, mais au contraire elle a embourbé la chambre des députés et ridiculisé la classe politique.


Parallèlement, on a assisté à un renforcement du déclassement réel ou ressenti de la part d’une grande partie de la population, dû principalement au creusement des inégalités générées de plus en plus par un système économique et financier spéculatif, et ce malgré les progrès pharamineux enregistrés en conditions de vie.


Ceci expliquant en partie cela, les mouvements extrémistes ont ressurgi, s’alimentant des mécontentements et des peurs. D’autant que le monde est face à une crise géopolitique sans précédents depuis la dernière Guerre Mondiale. Cette situation angoissante a mis en lumière tout-à-la fois une certaine naïveté des européens et l’ampleur des divergences d’intérêts entre Etats membres. Elle montre aussi la nécessité de resserrer les rangs face aux coups de boutoir russes,
américains et chinois dans leur volonté de modifier l’organisation du monde. Il semble qu’une prise de conscience ait été réalisée en Europe, acceptons-en l’augure, mais rien n’est moins sûr.


En corollaire, les attaques contre la démocratie et les valeurs émancipatrices héritées des Lumières se sont multipliées, ce qui fait dire à certains observateurs dont nous faisons partie que nous sommes dans un monde en bascule et qu’il est temps de construire un nouveau récit pour redonner du sens à nos sociétés.

 

Le CIRIEC s’est depuis longtemps inscrit dans cette démarche, tant au plan national qu’international, car s’il n’y avait qu’un seul axe de travail à mettre en chantier, ce serait sans nul doute celui de la défense de la démocratie dans toutes ses déclinaisons. Pas celle qui prétend s’exprimer dans les réseaux sociaux, souvent avec violence, ni celle qui au nom d’une souveraineté absolue du peuple, fait fi des décisions judiciaires qui dérangent et remet en cause les institutions démocratiquement établies, mais celle qui respecte tout simplement l’Etat de droit, garant des principes de liberté, d’égalité et de fraternité.


Plus spécifiquement pour le CIRIEC-France, les principaux éléments marquants de la mandature qui s’achève me semblent être les suivants :


- Un gain en visibilité au plan national comme au plan international, résultante d’une plus grande communication et de présence dans des évènements majeurs comme ceux de Bordeaux en octobre 2025 ;


- Un affectio societatis en développement, comme le démontrent les nouvelles adhésions enregistrées ; avec un intérêt plus marqué de la part des chercheurs ;


- Le rattachement de Galilée.sp qui apporte au CIRIEC-France une plus grande dimension comme laboratoire d’idées dans les domaines des institutions publiques, du service public et des fonctions publiques ;


- Des travaux denses et variés en recherche appliquée, information et contributions à l’intérêt collectif ;


- Le maintien d’une structure financière équilibrée et saine, même si l’on peut regretter que le CIRIEC-France n’ait pu changer d’échelle comme souhaité en début de mandature.

 


Une nouvelle page de notre association va donc s’ouvrir, avec un conseil d’administration renouvelé et un nouveau bureau exécutif qui sera désigné le 9 septembre prochain. J’ai annoncé que pour ma part je ne solliciterai pas un nouveau mandat de président, estimant avoir fait plus que mon temps depuis 2008, alors que Marcel Caballero et Jacques Fournier m’avaient sollicité pour exercer cette fonction. Je leur dois une grande reconnaissance. J’ai effectué ce mandat avec beaucoup de plaisir mais aussi de détermination.



Je proposerai au conseil d’administration de désigner Jean-Louis Cabrespines, actuel délégué général, avec qui je fais équipe depuis plusieurs années. Il saura poursuivre l’œuvre engagée depuis 1950 pour que l’économie publique et l’économie sociale soient reconnues grâce aux travaux du CIRIEC comme seuls modèles capables de satisfaire les besoins vitaux des populations et les exigences de la démocratie économique, sociale et finalement politique.

 


Une nouvelle feuille de route sera à élaborer et à ce stade je me permettrais quelques réflexions
personnelles :

 

  • Préserver la vocation originelle du CIRIEC qui est la recherche et l’information en modèles économiques qui servent l’intérêt collectif, en s’appuyant sur la dimension et la richesse de son réseau international de chercheurs et en conjuguant recherche académique et expérience de terrain des acteurs publics et de l’ESS ;

 

  • Maintenir l’équilibre entre économie publique et ESS, et autant que possible orienter les travaux vers ce concept d’économie d’intérêt collectif qui conjugue action publique et action privée non lucrative qui est la marque de fabrique du CIRIEC ;

 

  • Faire du CIRIEC un transmetteur de savoirs et d’expériences à destination des décideurs politiques et des organisations intermédiaires comme l’avaient voulu Edgard Milhaud et Léon Jouhaux.


- Appuyer les acteurs du service public et ceux de l’ESS lorsqu’ils se mobilisent pour la défense et la promotion de leur secteur, notamment lorsque la situation l’exige. C’est le cas aujourd’hui avec la diminution des moyens budgétaires dédiés au service de l’intérêt collectif public et associatif alors que les besoins des populations sont grandissants. C’est le cas notamment avec les coupes qui sont annoncées dans les soutiens aux actions qui font preuve de leur utilité telles que celles menées par Territoires Zéro Chômeurs de Longue Durée et France Tiers-Lieux.

 

On dénoncera, aussi avec ESS-France et ses composantes, l’incohérence du gouvernement d’adopter, avec deux ans de retard, la Stratégie Nationale de l’ESS sans l’inscrire dans une vision politique ni prévoir les moyens pour soutenir cette stratégie. Manifestement les tenants de l’économie orthodoxe ont encore de l’influence dans ce pays !

 

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