Le déploiement de l'intelligence artificielle dans les administrations publiques : analyse comparée, enjeux et conditions de réussite
Comme dans la plupart des secteurs, l'IA générative s'impose et s'imposera de plus en plus comme un levier majeur de transformation de l'action publique, mais ses effets ne seront ni automatiques ni uniformes.
Un rapport conjoint des inspections générales de l'État (IGF,IGAS et IGA) sur l'impact de l'intelligence artificielle dans les administrations publiques finalisé et remis à Matignon depuis le mois d'avril vient d'être rendu public la semaine dernière. L'objectif: analyser les conditions dans lesquelles l'intelligence artificielle (IA) peut améliorer durablement les services publics, la qualité du travail des agents et l'efficacité des politiques publiques.
Un constat:
Plus d'un million d'agents publics seraient “significativement exposés” à ces outils, selon les auteurs et ils estiment que 700 000 d'entre eux pourraient voir leurs tâches partiellement ou totalement automatisées.
Mais le rapport insiste sur le fait que "le développement du "shadow IA", usage spontané et non régulé d'outils grand public par les agents, révèle une forte appétence, mais expose aussi les administrations à des risques de sécurité, de fiabilité des décisions , d'inégalités d'accès entre agents, territoires voire entre usagers et de protection des données."
Par ailleurs, la mise en place des outils IA s'effectue de manière très hétérogène et souvent peu coordonnée.
- pour l’État, la direction interministérielle du numérique (DINUM) recense sans exhaustivité plus de 140 produits d’IA, avec une forte hétérogénéité ministérielle (de 0 à 74 projets conduits selon le ministère considéré) ;
- es collectivités territoriales montrent une adoption globalement corrélée à leur taille (90 % des métropoles engagées, tandis que 73 % des communes de moins de 3 500 habitants n’ont aucun projet d’IA) ;
- la sphère sanitaire et sociale s’approprie également l’IA de manière différenciée, notamment dans les arbitrages entre l’IA générative et l’usage des technologies antérieures utilisées notamment dans la lutte contre la fraude
Les auteurs soulignent que:
- "L'État et ses opérateurs, les collectivités territoriales, les organismes de sécurité sociale, les établissements de santé et France Travail avancent à des rythmes différents, avec des usages allant des assistants généralistes aux outils métiers spécialisés, en passant par les fonctions support."
- les gains attendus ne sont pas forcément quantitatifs mais doivent être appréciés plus largement : réduction des délais, amélioration de la qualité de service, diminution des erreurs, simplification du travail administratif, meilleure relation avec les usagers et amélioration de la qualité de vie au travail"
En conclusion:
L’intelligence artificielle (IA) constitue un levier majeur, mais non automatique ni exclusif, de transformation de l’action publique.
Le passage à l'échelle suppose de partir du travail réel des agents.
Le rapport insiste sur la nécessité d'une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences intégrant l'IA, d'une politique de formation structurée pour tous les agents, les managers et les spécialistes, ainsi que d'un véritable dialogue social technologique. Celui-ci doit permettre d'associer les agents et leurs représentants aux choix d'usages, à l'évaluation des impacts sur les métiers, à la prévention des risques et à la réallocation des gains.
L'enjeu n'est donc plus seulement d'adopter l'IA, mais d'en faire une capacité collective d'amélioration du service public.
L'IA doit être pensée moins comme un objet technique que comme un levier de transformation des organisations, des compétences et des processus, au service des agents, des usagers et de l'efficacité des politiques publiques, portée par l'ensemble des organisations et pas uniquement leurs services numériques