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« Déni démographique »
Un peu sonné. Voilà comment on sort de la lecture de la note dédiée à l'état démographique de notre pays, publiée il y a quelques jours par l'INSEE.
Il faut dire que l'année est historique puisque pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, notre solde naturel est devenu négatif. Certes, c'était prévu. Mais ce qui surprend le plus, c'est l'ampleur et surtout l'accélération du changement, la courbe des décès dépassant celle des naissances avec près de 10 ans d'avance sur les « perspectives » tracées initialement par les statisticiens du ministère de l'économie et des finances.
Précisément, nous en sommes aujourd'hui en France à 1,56 enfant par femme, alors que le seuil de renouvellement des générations est, rappelons-le, de 2,1 enfants par femme. En bref, par rapport à 2010, la population française engendre 24 % d'enfants en moins, ce qu'aucun démographe n'a donc su anticiper et surtout, cette dynamique baissière ne semble pas s'atténuer.
C'est tout simplement vertigineux.
Mais pour rejoindre le propos de l'économiste Maxime Sbaihi, ce qui l'est encore plus, c'est le silence, voire le « déni » de nos dirigeants en la matière. En effet, force est de le constater, la réalité de l'effondrement de la natalité dans notre pays n'est jamais abordée frontalement lors des débats politiques et budgétaires.
Comme si la France était toujours une exception démographique en Europe, alors que les plus de 60 ans sont désormais plus nombreux que les moins de 20 ans. En bref, nous sommes un pays de vieux qui se croit encore un pays de jeunes.
Il est temps d'en prendre conscience, collectivement.
D'ailleurs, la publication de la note de l'INSEE a été accompagnée de la diffusion sur les réseaux sociaux de nombreuses cartes illustrant cette tendance lourde exprimée à travers les fermetures des écoles maternelles et primaires, plus de 8 000 entre 2009 et 2024. Bien sûr, ces évolutions globales renvoient à des contextes territoriaux très contrastés : les régions du Nord-Est sont les principales victimes de cette marée descendante, tandis que la population des façades atlantique et méditerranéenne continuent, elle, globalement, de croître.
Quoi qu'il en soit, près de 5400 communes ont perdu une école ou plus. C'est inquiétant.
Tout d'abord parce que notre pays a tout misé sur son dynamisme démographique, c'est même le fondement de notre modèle social.
Ensuite, parce que l'enjeu des politiques locales se résument encore à faire croître des indicateurs quantitatifs (population, logements, emplois) qui alimentent -pour le moment- la ressource financière des territoires.
Enfin, parce que ces évolutions renforcent le sentiment de déclin et suscitent tout à la fois incompréhension et désarroi, tout particulièrement chez les élus locaux.
Cette « transition » démographique, manifestement anxiogène, ne doit pas être éludée. Elle doit faire l'objet d'une véritable objectivation et prise en main politiques, mettant en perspective tout à la fois les solidarités intergénérationnelles et la problématique de la répartition des richesses, les logiques extensives qui continuent de déterminer la fiscalité et le modèle de développement de nos territoires, les modalités du service public dispensé par les collectivités qui doivent plus que jamais s'adapter.
Gageons que l'ADGCF, qui a produit, en 2024, en partenariat avec le groupe La Poste et Intercommunalités de France, un premier Atlas du grand âge, continuera d'investiguer, au cours de l'année 2026 et dans un souci de cohésion territoriale, les conséquences économiques, sociales et sociétales du processus de vieillissement de notre pays.
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